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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 20:15

Modernité

 


Et hop ! Me voilà dans les airs ! Ça, ils ne me l'avaient pas encore fait, je vole ! Ils semblent faire attention à mes vitres et me voilà dans un camion avec des inconnus en aluminium. C'est la première fois que je prends de la hauteur au dessus des platanes du bord de la route. Je vois les immeubles qu'ils viennent de construire et je me souviens.

Autrefois, la route n'était pas si fréquentée et les voitures s'arrêtaient parfois entre deux platanes pour téléphoner. La plupart du temps, c'était pour prévenir le patron qu'on allait être en retard à cause de la route qui était inondée et barrée et ça râlait des deux côtés. De temps en temps, les cantonniers me passaient un coup de tondeuse et je reprenais de l'importance. Hélas, le pire souvenir que j'ai de ma vie de cabine, c'est lorsqu'ils ont abattu le très grand pin qui faisait de l'ombre dans le jardin de l'hôtel des Roses. Il était vraiment énorme, ils ont mis longtemps et les gens du quartier regardaient ça avec tristesse. Peu de temps après les constructions des immeubles ont commencé et à la place du pin, on a fait un parking. Début septembre, les cigognes ont tourné longtemps au dessus de moi, elles auraient voulu se reposer encore au sommet du grand pin comme tous les ans et me raconter les derniers potins, mais elles ont dû sauter une étape dans leur grand voyage.

Je sais qu'on va me recycler et j'en suis bien contente. Je vais être transformée en vélo du Tour de France, je visiterai de belles régions et je reverrai les cigognes au sommet des arbres ou sur les cheminées des maisons. Elles me reconnaîtront et me raconteront à nouveau leurs voyages !


Pasfrévin


http://lesvoyagesdedamemarmotte.over-blog.com/

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 10:24

L’abonnée.

 

Elle tape sur l’appareil. Elle s’énerve. Le vieux monsieur qui passe sourit. Cette jeune femme de la ville n’a pas l’habitude qu’on lui résiste, marmonne-t-il.

La jeune femme sort un peu crispée, désorientée. Il ne peut s’empêcher de lui annoncer que la cabine ne fonctionne plus depuis une dizaine d’années au moins.

- Comment on fait pour appeler ? Mon portable ne passe pas ici.

- Peut-être au bistrot du Popaul, en bas du village. Dites-lui que vous venez de la part de l’Emile.


Elle remercie, soudain soulagée. En chemin, elle croise une dame d’un âge certain, toute grise, toute fripée, enveloppée dans un grand châle brun.  Elle la voit se diriger vers la cabine, elle se retourne et la suit du regard. Peut-être faut-il la prévenir. Mais la dame n’entre pas, elle attend à côté, bien droite, le regard sûr, elle passe sa main dans les cheveux pour remettre en place une mèche rebelle.

La jeune femme observe à quelques pas, elle hésite, un pas d’un côté, un pas de l’autre, rejoindre le café ou satisfaire sa curiosité. Elle s’éloigne soudain, l’immobilité de cette dame sans doute, l’indifférence qu’elle manifeste à tout ce qui l’entoure.


Près de la porte de la cabine, la dame grise regarde sa montre. Elle attend. Quelques minutes plus tard, elle lève à nouveau son poignet, puis pousse la porte et se fige face à l’appareil.

Soudain, son visage se détend, un sourire la transforme tout entière.

Plus rien de gris sur elle, elle décroche et parle longuement, ses yeux pétillent, le corps tout entier absorbé par les couleurs d’une présence qu’on imagine au bout du fil.


Un peu plus tard, la jeune femme revenant vers la cabine surprend des bribes de conversation. Elle s’étonne du babillage animé de la dame devenue si vivante, si joyeuse.


Le vieux monsieur la croise à nouveau, la promenade est terminée. Elle l’apostrophe.

- Vous m’aviez dit que le téléphone ne fonctionnait plus depuis dix ans !

- En effet. Mais c’est l’heure de la Louise. Il marche tous les vendredis à 18h10 pour elle. Seulement pour elle.

- C’est absurde ! dit-elle, interloquée.

- Peut-être… pour vous.

- Ou peut-être fonctionne-t-il lorsqu’on appelle le numéro de cabine… c’est bizarre quand même, il n’y avait aucune tonalité… remarquez ce n’est pas étonnant, tout le monde a le téléphone aujourd’hui, personne n’entretient plus ces cabines !

- Oh ! Non pas tout le monde ! Moi, je ne l’ai pas, ni Louise.

Louise sort, très gaie, elle salue Emile d’un large sourire satisfait.

- Comment va-t-il ? demande Emile

- Très bien, très bien. Il paraît qu’il a une copine…  là-bas.


Louise s’éloigne, toute réjouie. La jeune femme entre à nouveau dans la cabine, tente un appel, mais n’obtient que silence. Dépitée, elle ressort, Emile se retient de rire. Elle le regarde agacée.

- Vous vous moquez de moi !

- Il ne fonctionne que pour Louise, moi non plus je n’arrive pas à l’utiliser. Seulement Louise qui, chaque vendredi de la semaine, attend son coup de fil. C’est son fils qui appelle…. Son fils mort, il y a dix ans, pendant la première guerre du golfe.

- Oui, je vois, vous vous moquez méchamment ! Quel tissu d’âneries !

- Pensez ce que vous voulez. Mais quand le gamin est parti, il l’appelait de là-bas, les vendredis, c’était leur rendez-vous. Depuis, elle n’a jamais cessé de venir. Et il sonne, il sonne vraiment. Vous pensez bien qu’on est venu, tout le village est venu. Tout le village peut vous le dire. Il sonne, les vendredis à 18h10... Bonne soirée Mademoiselle.


 

Polly

Les cris conjurés.

 

 

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 16:46

Cabine téléphonique.

 

Je vis face à la maire d’un ancien village au cœur d’une grande ville. Depuis que je suis ici, j’aime regarder à travers les vitres sans rideau  les gens passer indifférents devant moi. Parfois il arrive que quelqu’un s’arrête et franchisse le seuil. J’écoute alors mes visiteurs raconter leur vie mais c’est comme s’ils ne s’adressaient pas vraiment à moi mais qu’ils parlaient à quelqu’un d’autre juste pour le plaisir de parler. Cela ne me gêne pas, bien au contraire, je peux ainsi mieux les écouter parler de leur vie.  Ils ont tous un besoin de partager les bonnes nouvelles comme les mauvaises. Certains parlent d’amour avec des mots tendres pour l’aimé absent mais si présent. Les mots d’amour font parfois place aux mots de haine si violents.  Certains parlent tout simplement de leur quotidien, du temps qu’il fait,  des tracasseries administratives, ou professionnelles.  J’ai appris ainsi en écoutant à comprendre l’âme humaine et la vie avec ses joies et ses douleurs. Je suis un peu comme un psychanalyste qui se contente d’écouter les gens couchés sur son divan, à absorber telle une éponge la vie des autres juste pour leur permettre de parler et d’échanger. Je suis utile, c’est ma fierté.

Un jour un SDF est rentré chez moi et il a squatté ma petite maison, Il avait trouvé ainsi un abri bienveillant pour le protéger des frimas de l’hiver,  je me sentais moins seul même s’il dormait la plupart du temps et éructait parfois quelques paroles incompréhensibles. N’ayant pas d’odorat cela ne m’aurait pas gêné s’il n’avait pas empêché mes autres visiteurs de venir. Sa présence les éloignait et ils avaient dû trouver une autre oreille attentive pour les écouter.

 Un jour mon amis SDF a disparu. Mes visiteurs sont revenus rapidement.  Ayant manqué certains épisodes de leur vie, J’ai eu du mal à comprendre les changements brutaux. Parfois Les larmes avaient remplacé les rires, le bonheur serait-il éphémère ? Peut-être mais le malheur aussi pouvait l’être car parfois les rires avaient remplacé les larmes.

 Petit à petit mes visiteurs se sont fait rares, je ne comprenais pas pourquoi.  Je vieillissais, peut être que mon écoute était moins bonne, peut- être  avaient-ils moins besoin de communiquer.

Un jour un orage violent s’est abattu sur le village, un Monsieur a franchi le seuil de chez moi pour s’abriter de la pluie. Il a sorti de sa poche un petit boîtier noir avec un écran et s’est mis à lui parler et alors j’ai compris que j’étais à la retraite, en quelque sorte aux abonnés absents,  en entendant les paroles qu’il a prononcées « Chérie j’aurais un peu de retard,  il pleut très fort, je me suis abritée dans une cabine téléphonique ».


 

Martine

Quai des rimes.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 10:05

Tout ça pour ça !


Elle marche vite, elle n'arrive plus à courir. Pourtant le temps lui est compté.

Elle n'a dit à personne où elle allait.

Elle a tout calculé. Elle a fait mine de sortir les poubelles et elle a filé par derrière.

Elle a jeté le gros sac poubelle dans le container et, joyeuse, a suivi le sentier qui, à l'arrière de la bâtisse, mène à la grand-route, sûre que personne ne pourrait la voir depuis la maison.

Tout en hâtant le pas, elle égrène dans sa tête tous les mots doux qui lui viennent à l'esprit quand elle pense à lui.

Ça fait maintenant trois jours qu'ils ne se sont pas parlés et c'est un vrai supplice pour elle.

Elle a besoin d'entendre sa voix, de le sentir près d'elle, juste à l'autre bout du fil, même si, elle le sait bien, il est si loin.

Elle se dépêche, elle sait que plus elle ira vite, plus elle aura de temps pour lui parler, pour l'écouter.

Elle ne marche déjà plus, elle court, elle s'envole et croit voler !

Ça y est elle n'est plus très loin, elle aperçoit au loin une tâche grise dont le métal renvoie la lumière éblouissante de cet après-midi printanier.

Un vent léger la rafraîchit agréablement, car elle commence à avoir bien chaud à force de se presser ainsi.

Plus que quelques mètres, elle est surprise, la cabine téléphonique semble beaucoup plus propre que de coutume. Elle essaie de mieux la voir, mais elle n'y arrive pas bien.

Elle continue à énumérer tous les mots doux qu'elle connaît.

 

Soudain elle s'arrête , le respiration coupée !

- Non, ce n'est pas possible, Oh mon Dieu ! Non, vous n'avez pas pu les laisser faire ça !...

La cabine devant elle est complètement vandalisée. Il n'y a plus de parois en verre, seuls les montants métalliques restent plantés là, tout droits, devant elle.

 

Les larmes lui montent aux yeux : le combiné pend tristement au bout de son fil...

Elle n'y peut rien. Désespérée, envahie par le chagrin, elle sanglote.

Elle saisit, malgré elle, le combiné, pourtant elle sait bien qu'il n'y aura aucune tonalité.

- Comment, mais comment faire ????

- Comment vais-je pouvoir lui parler ?

- Mon Dieu, ne pourriez-vous inventer un petit téléphone que l'on emporterait avec soi et qui nous permettrait de téléphoner discrètement, quand on le voudrait ?

 

Elle finit par se ressaisir ; tant pis, elle devrait s'y résoudre, il lui faudrait à nouveau écrire, écrire son amour sur papier.

Alors, pour se calmer tout à fait, avant de rentrer, elle se dit : " les paroles s'envolent, les écrits restent ! "

 

Poupsan


http ://poupecris.over-blog.com

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 00:01

C'est de nouveau une photo de Joëlle Chen qui me conduit aujourd'hui à vous proposer la consigne de notre jeu de mars.

 

140213_Joelle-Chen.jpg

 

Je ne vous donne qu'un titre, il vous faudra développer, sous la forme qui vous convient le mieux. (Fiction ou plaidoirie)

 

"Aux abonnés absents"

 

Vous pouvez vous inspirer ou non de la photographie, l'important étant que l'absence de moyen de communication pose un problème que vous évoquerez dans votre texte.

 

Merci à tous.

...

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