Le tableau des départ de Moon.

Publié le par azacamopol


                                     Le tableau des départs 


Il regardait le tableau des départs, adorant la valse des lettres et des chiffres qui tournent, des lignes qui se décalent, des destins qui s'abandonnent au moindre aléa de retard, d'annulation..
C'était sa table de roulette, le casino de son imagination, jetant les dés de l'envol comme on saute dans le vide. 
Porte 43 : Katmandou : la ruée des taxis à la sortie du petit aéroport... la montée à pied vers Swayambunath... les personnages minuscules au bord des lampes à huile dans les temples... les sherpas et leur chargement disproportionné accroché au front par une lanière... les Gurkhas et leur couteau devant les entrées des banques... les femmes petites, courbées... le lassi à la mangue dans une échoppe de Durbar Square... les colliers tibétains et leur turquoises... le bruit, la fureur et la fumée des véhicules et la vache avançant paisiblement à contre courant... 
Porte 21 : Stockholm : la ville survolée, presque invisible dans les arbres... l'eau partout, sans odeur et son foisonnement d'herbes, de joncs, les taches claires des nénuphars... les rues sans fumeurs... le tac-tac-tac rapide des feux verts sonores pour les piétons...les supermarchés sans alcool... les fenêtres à ras les murs, sans encadrements ni retrait... les femmes aux cheveux blancs, beaucoup, fines... les blondes, le plus souvent décolorées...les magasins de décoration intérieure : blanc, acier, bois, lumière... 
Porte 62 : Abidjan : la chaleur collante qui saisit à la descente de l'avion... les moutons maigres et longs, noirs et blancs sur le marché... les margouillats qui passent entre les pieds sur la terrasse d'un hôtel... les billets CFA doux d'usure, lessivés par les tambours des mains, odorants des échanges incessants... les sachets de liquide glacé qu'on suce par un trou au coin...les femmes opulentes en wax, volants, chaussures grandes pointures...les hommes qui lisent les titres des journaux par terre à l'étal... 
Porte  17 : Marrakech : l'odeur de sable et d'épices mêlés... les portes sculptées si massives cachant des maisons de paradis... les femmes aux yeux noirs dans l'entrebâillement de leur foulard... 
Porte 38 : Rio : les femmes dorées, presque nues sur les plages... 
Porte 6 : ........ 

Sa tête tournait un peu dans ce tourbillon de souvenirs, car plus jamais il ne partirait au rendez-vous des femmes du monde... Son voyage sensuel avait stoppé net le jour de l'accident... le fauteuil roulant ne prenait plus l'avion... 
 
 

                                       Moon 

                                                           http://pleine-lune.over-blog.fr

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Publié dans 2009

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M
La difficulté du voyage est bien réelle comme Auryne l'a parfaitement compris... Mais effectivement, on peut se dire que le plein a été fait pour l'imaginaire...
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R
"le fauteuil roulant ne prenait plus l'avion... "<br /> Qu'importe finalement...<br /> Avec une telle imagination du lieu de destination, on peut bien faire le tour du monde immobile :)
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A
il existe certes des difficultés mais elles ne sont pas insurmontable pour l'avion, les difficultés seront plutôt dans les différents pays ... ou avec les femmes !
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B
Le fauteuil peut prendre l'avion !<br /> Et toutes ces destinations si bien évoquées redeviendront réalité.
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P
Mais pourquoi le fauteuil roulant ne prend plus l'avion?<br /> En tous cas belle envolée de souvenirs.
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