Jeanne de Polly

Publié le par azacamopol


Jeanne.


Pour moi elle a toujours été vieille et insignifiante, une toute petite bonne femme grise et noire aux longs cheveux blancs noués en chignon sur la nuque. Elle était là dans mon enfance à s'occuper de mes deux grands cousins. Une petite souris discrète qui chantait parfois aux réunions familiales. Elle me paraissait tellement éteinte, presque muette. C'est bien plus tard que j'ai compris combien elle avait passé sa propre vie sous silence pour s'occuper des siens.


Jeune fille elle a peut-être aimé, mais il a dû passer à côté d'elle sans la regarder tant elle était peu attirante avec ses dents de cheval et ses yeux tombant. Sa mère a sans aucun doute entravé toute tentative amoureuse, elle avait trop besoin de sa grande fille serviable, d'ailleurs un seul de ses cinq enfants s'est marié, sa benjamine et qui a si mal fini, avec ce mari voyageur, et qui a quitté le monde laissant trois orphelins dont le dernier avait à peine 18 mois.


Jeanne va les prendre sous son aile affectueuse et les protéger souvent de la rigueur éducative de la mère. Elle va, en cette époque difficile, poursuivre son petit rôle de servante dévouée pour leur permettre de grandir, et courir les petits travaux pour compléter les faibles ressources familiales. Quand ils seront adultes, elle tentera de s'éloigner du giron despotique, surtout après les décès successifs de ses frères, de son père. Mais elle revient près du tyran maternel et trouve la force de le soigner jusqu'au bout.


Et quand un de ses neveux se trouve en grande difficulté elle accourt pour les deux enfants survivants dont il ne peut prendre la charge.


C'est ainsi que je l'ai connue, toute blanche déjà, si petite et silencieuse, les yeux sans larme parce qu'elle les avait déjà toutes versées et des livres sur les genoux, Victor Hugo dont elle sut longtemps déclamer quelques poèmes.


Jeanne s'en est allée petitement comme elle vécut. Le dernier de ses neveux encore en vie décida qu'elle ne pouvait plus rester seule, elle tombait sans cesse de son grand lit solitaire. A l'hospice elle ne dura qu'une semaine, sans gémir comme à son habitude.


Lorsque j'ai lu Félicité de Flaubert elle m'est revenue toute entière cette grande tante qui ne s'occupa jamais d'elle. Est-ce pour autant une grande dame ? Je crois que personne ne l'aurait qualifiée ainsi. Mais pour moi avec le temps qui a passé, le temps qui a compris qu'aucune n'est grande ni petite seulement que certaines un peu plus que d'autres ne savent vivre pour elles, elle devient dans mon souvenir plus grande que dans mon enfance, peut-être parce que j'ai entendu souvent combien il n'y avait pas plus grand cœur qu'elle : un cœur simple écrirait Flaubert.


Polly


http://mpolly.over-blog.com




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Publié dans 2009

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L
C'est souvent à travers une grande modestie que se cache l'âme d'une grande dame!
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J
Comme tu le dis si bien , un coeur simple est souvent un grand coeur...
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E
je pense effectivement que l'on peut lui donner ce nom de grande dame.
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A
j'ai pensé comme Nettoue quand j'ai lu ton texte mais comme tu parlais de Flaubert, je n'ai pas osé y mêler Hugues Auffrey
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P
Une bien grande petite dame...<br /> Triste mais tellement belle!
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B
Une grand dame peut effectivement se cacher derrière une apparence banale, les dames de coeur le plus souvent sont insignifiantes, et c'est souvent quand elles ne sont plus, qu'on découvre leur grandeur... d'âme... c'est toujours aussi bien écrit... bisous...
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A
Relecture qui nous ouvre les yeux à travers le temps, évoluent nos sentiments, ce qui semble petit peut-être vraiment grand !
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P
J'ai retrouvé pour Nettoue la chanson d'Hugues Aufray...<br /> Je crois que ce dévouement n'était pas choisi, et je ne sais pas s'il en existe encore, parce qu'avant la famille les exploitait, aujourd'hui elles doivent être bien solitaires, non? <br /> <br /> Céline<br /> <br /> Dis-moi, Céline, les années ont passé<br /> Pourquoi n'as-tu jamais pensé à te marier ?<br /> De tout's mes soeurs qui vivaient ici<br /> Tu es la seule sans mari<br /> <br /> Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu as, tu as toujours de beaux yeux<br /> Ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu aurais pu rendre un homme heureux<br /> <br /> Dis-moi, Céline, toi qui es notre aînée<br /> Toi qui fus notre mèr', toi qui l'as remplacée<br /> N'as-tu vécu pour nous autrefois<br /> Que sans jamais penser à toi ?<br /> <br /> Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu as, tu as toujours de beaux yeux<br /> Ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu aurais pu rendre un homme heureux<br /> <br /> Dis-moi, Céline, qu'est il donc devenu<br /> Ce gentil fiancé qu'on n'a jamais revu ?<br /> Est-c' pour ne pas nous abandonner<br /> Que tu l'as laissé s'en aller ?<br /> <br /> Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu as, tu as toujours de beaux yeux<br /> Ne rougis pas, non, ne rougis pas<br /> Tu aurais pu rendre un homme heureux<br /> <br /> Mais non, Céline, ta vie n'est pas perdue<br /> Nous sommes les enfants que tu n'as jamais eus<br /> Il y a longtemps que je le savais<br /> Et je ne l'oublierai jamais<br /> <br /> Ne pleure pas, non, ne pleure pas<br /> Tu as toujours les yeux d'autrefois<br /> Ne pleure pas, non, ne pleure pas<br /> Nous resterons toujours près de toi<br /> Nous resterons toujours près de toi
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N
Bonjour, Azacamopol, Je cherche à me souvenir d'une chanson d'Hugues Auffray, je crois < où la sœur ainée, qui a élevé ses frères, ressemble à ta Jeanne, sauf que celle de la chanson à de beaux yeux >, Je ne sais pas pourquoi, ton texte m'a émue ! Parce-qu'il est bien écrit, oui, mais pas szulelment... Je me dis que dans ce monde égoïste où nous vivons, il se doit avoir des milliers de Jeanne, que l'on ne voit même pas, simplement parce-qu'elle ne sont, ni bruyante uniquement bonne et dévouée...<br /> Amicalement<br /> Nettoue, ni exigeante, et
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M
j'en connais une comme ça ! <br /> <br /> émouvant !
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J
Bonsoir, ma chère Polly<br /> un portrait magnifique et tellement émouvant,<br /> bouleversant...<br /> ton personnage me rappelle la soeur de ma mère qui joua auprès de nous, mes frères, mes soeurs et moi, un rôle un peu semblable... Ce qui me trouble c'est ta remarque qui dit que personne ne l'aurait qualifiée de Grande Dame...<br /> tu vois j'ai un peu honte de ne penser à elle que maintenant, après avoir lu ton texte...<br /> Merci, ma chère Polly...<br /> bisous amicaux<br /> bien à toi<br /> jean-marie
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