Triptyque de Bruyère
Triptyque
Il est des livres qui viennent à vous par le hasard des rencontres et, lorsqu'on les a goûtés, vous hantent et leur auteur avec.
Elles forment un peu comme un triptyque en moi. Elles, c'est-à-dire Virginia, Sylvia, et Alejandra. Trois grandes dames de la littérature. Trois femmes qui ont en commun d'avoir cultivé une terrible volonté dans l'acte d'écriture, une dépression chronique, une souffrance et des angoisses telles qu'elles se suicideront toutes trois : Virginia Woolf se noiera les poches remplies de pierres, Sylvia Plath s'asphyxiera par le gaz et Alejandra Pizarnik par je ne sais quel moyen. Les deux dernières encore dans leur jeunesse.
Je reste fascinée par leur extraordinaire volonté de se donner vie par l'écriture, et par la qualité de ce qui nous est donné : une poésie et une prose qui s'infiltrent en nous jusqu'à l'os.
Ecorchée vive Virginia quand tu écris dans ton Journal : « Pourquoi la vie est-elle donc si tragique ? Si semblable à une bordure de trottoir au-dessus d'un gouffre ? Je regarde en bas, le vertige me gagne ; je me demande comment j'arriverai jamais au terme de ma route. »
Ecorchée vive Sylvia, dans ce poème de Wuthering Heights
« Les horizons m'encerclent comme des fagots
Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.
Il suffirait d'une allumette pour qu'ils me réchauffent
Et que leurs lignes fines
Rougissent l'air
Lestant le ciel pâle d'une couleur plus sûre,
Avant que les lointains qu'elles fixent ne s'évaporent
Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre
Comme une succession de promesses, à mesure que j'avance. »
Ecorchée vive Alejandra dans « L'arbre de Diane » :
« expliquer avec des mots de ce monde
qu'un bateau est parti de moi en m'emportant »
Trois femmes « au bord de » en permanence. Et je marche avec elles sur la bordure du trottoir.
Bruyère