Je dis. Bruyère.
je dis
l'instant suspendu entre les lèvres
je dis
l'opaque silence caché derrière les mots
je dis
ce qui ne cesse ou tremble encore
je dis
les corps couchés sous les bruyères
je dis
le seuil d'une possible rencontre
je dis
l'obscurité d'où surgit une parole
je dis
la prison de salpêtre à griffer
je dis
un peu d'éternité sur les doigts
je dis
le regard épuisé et l'écharde des songes
je dis
les peut-être et les pourquoi
je dis
le blues blanc du jardin pétrifié
je dis
l'éclipse des mots et l'écume d'émois
je dis
les ricochets entre les blancs des pages
je dis
l'interstice que creuse le poème
je dis
les échos de nos cris qui s'accrochent
je dis
les sanglots aux entrailles
je dis
les guillemets bleus du ciel
je dis
les lambeaux ternis des souvenirs
je dis
le monologue étranglé du crayon
je dis
les éclisses de silence convulsé
je dis
l'infranchi où je trébuche
je dis
le tremblement des tendresses dérobées
je dis
le plomb des haillons de nos pères
je dis
mélancolie pour ne pas dire tristesse
je ne dis pas assez
l'immarcescible bonheur des mots
Bruyère