Galère en gare

Publié le par azacamopol


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La semaine, je suis invisible. Personne ne me regarde, personne ne fait attention à moi. On m’évite même.

Je suis balayeur. Dans une gare.

Je suis le parfait représentant de celui qu’on ne regarde jamais, qui se fond dans le paysage quotidien, qui est invisible, malgré mon costume vert pomme et mon gilet fluorescent gris.

Les gens me dépassent, me croisent, et personne n’est capable de dire si j’étais là ou pas, si j’ai balayé les quais en plein vent, ou les halls bondés, ou les couloirs où les couples s’embrassent , dans des adieux déchirants, ou des retrouvailles émotionnantes.

 

Le Week-end, on ne regarde que moi, on ne voit que moi. Toujours dans cette gare. Mais personne ne sait que c’est moi. Je suis le centre d’intérêt de toute cette population qui ne fait que passer. Ma présence supplante toutes les tragédies ou tous les bonheurs qui peuvent se produire. Chaque voyageur qui pénètre dans le hall de la gare se souvient de moi, en parle inévitablement à la personne qu’elle va rejoindre. J’alimente les conversations, je fais mon show, je donne du bonheur, j’assure l’animation malgré moi.

Le Week-end, je suis Prostitué. Travesti. Dans ma gare.
 

  Domi


http://petitspotins.over-blog.com/

 

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Publié dans 2008

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B
C'est un superbe texte....<br /> L'habituel est transparent<br /> L'inhabituel est touristique<br /> En tout cas félicitations pour cet "oeil" qui décape.<br /> Je vais visiter votre site en esperant d'autres textes de cette veine..
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L
amusante cette idée...et pourquoi pas après tout...?
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F
nous au village on dit encore "bonjour" à celui qui balaie les rues et les trottoirs par contre je n'oserai pas regarder franchement un travesti...<br /> big bisous
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P
Bien joué Domi.<br /> Etonnant et très réaliste. J'aime non seulement le contraste établi mais aussi ce que tu dis du social, de tous ceux qui sont obligés de faire le trottoir pous survivre.
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B
heureusement qu'il a le weekend pour être lui, pour être heureux!
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A
On aime bien regarder la différence, ça rassure sur sa propre identité, tout comme pour Timbalou, je pense à une chanson de Brassens:"Non, les braves gens n'aiment pas que , l'on suive une autre route qu'eux!" pourtant, s'ils savaient comme on est bien parfois sur d'autres routes que les leurs!
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