Recette d'Azalaïs

Publié le par azacamopol

Recette



       Prenez une ligne, ligne violette ou bleue d'un quelconque cahier.  La taille du cahier n'a aucune importance.  Ce qui compte par contre, c'est que la page soit rigoureusement vide : un grand espace neuf, une contrée unique et vierge, plein de chemins à explorer.


       Au début, vous allez hésiter, vous faites le timide, vous taillez longuement votre crayon tout neuf, vous dessinez bêtement dans la marge. Puis vous tentez un mot que vous gommez bien vite. Devant vous tout est si calme, si blanc, si lisse... Mais les lignes sont là, sagement alignées. Bientôt, vous sentez qu'elles s'agitent. Elles murmurent entre elles, elles  rongent leur frein, elles se mordent la queue. Il faut bien reconnaître qu'en ouvrant ce cahier, vous les avez sollicitées, dérangées, réveillées peut-être. C'est un peu comme si vous sonniez à une porte et que vous restiez là, les bras ballants  à ne savoir que dire. Si vous tendiez l'oreille, vous pourriez même  peut-être les entendre s'étonner devant votre silence :


-          Alors, il se décide ?

-          Peut-être qu'il n'a rien à dire ?

-          Comment ça rien à dire ?

-          Nous sommes là, bien tirées au cordeau, disposées à subir toutes sortes d'outrages, des ratures, des biffures, des gribouillis absurdes, des caviardages, des apostilles, des renvois, des lapsus, des gommages frénétiques qui peuvent engendrer le trou ! Et quand bien même il y aurait un trou au milieu de la page ! La belle métaphore ! Un trou pour exprimer sa rage à combler tout ce vide !

-          Il faut lui expliquer que nous sommes là pour ça, que les mots, c'est notre nourriture à nous, que sans eux, nous ne pouvons pas vivre et que les mots qu'il aligne, ça le nourrit à lui aussi, que plus il emplit les lignes, plus il se remplit lui !

-          Et puis, si vraiment les lignes l'intimident, il peut toujours dévier, écrire en zigzag, en biais, en courbe, en rond ou même en carré, faire juste des vagues, des ponts, des boucles, des bâtons, il peut même sauter des lignes s'il trouve qu'il y en a trop, écrire en colonne, en format paysage...mais par pitié, il faut qu'il se décide !


       C'est vrai ce qu'elles disent. Tenez, moi qui vous parle, enfin qui vous écrit en ce moment, et bien, je tiens mon cahier à l'envers pour ne pas déranger un autre texte que je n'ai pas terminé  de l'autre côté du cahier. L'écriture, c'est comme la peinture, ça se commence par n'importe quel bout. L'essentiel, c'est de savoir recoller les morceaux !


       Alors, soudain, pressé de toutes parts, tel un oiseau marin qui décolle des flots, voilà que vous osez. Vous pataugez un peu, vous sentez sur vos ailes le poids de tant de mots ! Mais tout autour de vous, il y a cet espace, ce vide qui vous gagne et vous prend tout entier. Vous essayez un mot, vous en tentez un autre, vous les faites rouler comme de beaux galets dans le lit du papier. Une osmose  se crée entre ces éléments : la ligne, le papier, le geste de la main, la chanson du crayon et vos petites voix qui vous soufflent vos mots. Et même si les mots semblent toujours les mêmes, ils sont tout plein de vous, ils ont votre couleur, votre chaleur, vos peines et vos rires et plutôt que de vous lamenter sur vos doutes intimes, prenez  ces mots comme un cadeau que vous osez vous faire. 


       Et vous voilà lancés, les lignes sont heureuses. Elles ronronnent en cœur, elles font la chatte mine, elles n'en finissent pas de se mirer en long, en large et en travers, elles s'étirent en chœur sous la caresse de vos doigts... elles viennent de trouver... un nouvel écrivain.


Azalaïs


marge-ou-greve.over-blog.com

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Publié dans 2009

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B
Tu nous réconciles avec la réglure Seyès Azalaïs. Quoi de plus beau que ces lignes toutes nues quelques minutes auparavant, si joliment habillées de ton inspiration maintenant ?
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B
belles lignes de mots
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J
mais, ma chère Azalaïs, mes "bof" et "rebof" n'étaient là que pour mes vers de pacotille !<br /> heureusement, je ne me prends pas toujours au sérieux <br /> (sauf quand je dis que j'aime ton texte)<br /> j'adore me moquer de moi-même...<br /> gros bisous<br /> bien à toi<br /> jean-marie
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A
merci à tous, et arrête de faire bof Jean-Marie, je suis morte de rire en lisant le hiss qui rime avec Azalaïs
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D
belle ligne d'écriture que tu nous narres ici sur ces lignes....bravo!
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F
Chère Azalaïs,<br /> Ton texte est un vrai régal, un manifeste poétique, où tu convies fantaisie, mouvements intimes et joie de vivre. merci!
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J
je te l'ai dit déjà, ma chère Azalaïs<br /> à quel très haut degré ce beau texte je hiss'<br /> <br /> bof...<br /> <br /> je t'en prie, mon amie, ne fais pas attention<br /> je vais devoir courir à la consultation<br /> car j'ai quelques soucis dans ma pauvre cervelle<br /> les mots à chaque instant s'alignent de plus belle<br /> je suis sans doute atteint d'alexandrite aiguë<br /> je cherche en la matière un docteur bien pointu...<br /> <br /> rebof...<br /> <br /> bisous d'amitié<br /> bien à toi<br /> jean-marie
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E
beau texte, je dois avouer que pour quelques-fois je me suis reconnue dans (la timide)...devant ces lignes et ces memes questions ont du etres poséees à mon égard, puis la satisfaction est là quand ces lignes sont remplies.j'avoue egalement que je ne connaissais pas le mot "caviardages" .cette conclusion est pour toi Azalais,et si tu veux bien j'en prends une part pour distribuer à tous (tes) qui aimez participer à cet atelier d'écriture.
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P
Whaouh! superbe entrée dans l'écriture... je ne savais pas que les lignes étaient aussi loquaces. Un vrai plaisir à te lire, tout semble couler d'une ligne à l'autre.
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A
En plus c'est vrai, je n'avais pas remarqué que notre blog avait des lignes!<br /> merci
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S
bravo!<br /> et encore, je suis modeste...<br /> j'ai adoré ce texte. Heureusement que vous avez su remplir ces quelques lignes, sinon nous n'aurions rien eu d'autre à regarder que... des lignes.
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