train de banlieue de Bab
Train de banlieue
J'ai repéré un mini salon de quatre sièges, au fond du wagon. Je m'y installe confortablement près de la fenêtre, histoire de profiter du paysage. Un jeune homme occupe déjà trois sièges : un pour ses pieds, un pour son sac, et lui, vautré sur le troisième. Il lui jette un regard surpris et vaguement hostile.
J'aime le moment du départ, quand le décor de la ville commence coulisser doucement parallèlement au train. Mes pensées glissent sur les murs de la ville au même rythme.
Mon voisin allume une cigarette, histoire de me faire fuir. Je réprime un sourire. La place est trop bonne, à rêvasser en regardant le paysage. J'y suis, j'y reste !
Au bout d'une dizaine de contorsions et frottements de baskets sur le siège, il se lève, passe devant moi pour regarder à l'extérieur, comme s'il guettait les gens sur le quai à chaque gare. J'aime particulièrement ce trajet à l'ouest de Paris, plein de petites maisons entourées de jardins, de ponts et de noisetiers qui laissent pendre leurs chatons presque à toucher le train. Le voisin s'abîme dans un immobilisme boudeur, capuche sur la tête et cigarette agressive.
Ce trajet est pour moi comme une méditation. Je me laisse porter par les rails, le regard plongeant du haut d'un toit d'ardoises, à la mode de Poudlard, vers les barges amarrées en file indienne jusqu'à Conflans-Fin d'Oise. Cette gare porte un nom poétique qui vous a un petit air de bout du monde.
Le voisin rajuste sa capuche, fait mine de donner un coup de pied dans mon sac, et saute sur le quai par la porte qui vient de s'ouvrir.
A l'arrivée, on m'attend.
- Tu t'es assise à la place des gros durs ?
- Comment ça ?
- C'est leur place, tout le monde le sait et leur laisse, pour voyager tranquille !
- Ah oui ? Je m'en fous, moi aussi j'ai une capuche à mon blouson.
Dans les trains de banlieue, on ne réserve pas sa place, mais il y a des places réservées.
Bab