Nous sommes venus .... de Balaline
« Nous sommes venus prendre des nouvelles de notre mère.
Non ne dites rien, je sais, nous aurions dû…
Nous aurions dû venir lui parler plus souvent, la bercer,
la câliner, la caresser, lui rappeler que nous sommes
encore ses enfants. Mais le chagrin a noyé le présent, il a
sucé nos larmes, évidé nos sentiments meurtris ,
posé une distance avec la vraie vie .
Nous voici espérant un changement soudain, une douce
lueur qui viendrait conjurer le malheur.
Dites, comment va-t-elle ?
Nous sommes là, fragiles et angoissés, le cœur cognant,
la gorge qui se serre.
Je ne peux supporter de la voir s’en aller, le visage et le corps
partiellement défaits.
Où se portent ses yeux, autrefois myosotis, qui prennent
soudain le large vers d’autres horizons ?
Où va voguer son corps dont il reste la trame de ce trésor
si doux qui réchauffait nos peines?
Une longue enveloppe amaigrie, posée comme une écorce
sur un lit de désert.
Ses longues mains, fantômes des nuits blanches
qui rôdent et s’accrochent aux draps en ultime combat.
Et ses mots, ses mots perdus, affolés, bêtifiant,
ses mots accrochés à des fragments de vie, tantôt sourds,
tantôt exultant le malheur !
Ses mots ne disent plus l’espoir, ils sont cadenassés dans un
monde de mort, de folie.
Elle n’est plus là pour nous, comprenez-vous, elle n’est plus
notre mère, juste un fragile lien, un nom, une tendresse au fond
du cœur , une misère sur la terre.
Nous étions ses enfants aimants, non notre cœur n’est pas
de pierre, mais nous avons perdu notre maman. «
balaline