La nuit de la mort de Reinette.
La nuit de la mort
Grand-mère se meurt dans la chambre du haut. Depuis des heures, nous la veillons. Elle semble dormir. Puis tout à coup respire bruyamment et affole tous ceux qui prient à son chevet.
Dehors la neige se donne à cœur joie.
Malgré la nuit, nous voyons reluire son blanc manteau sous la lumière du porche laissée pour guider les voisins qui arrivent encore.
Personne ne s'occupe de moi et je ne sais pas quoi faire.
De temps en temps je sors et plante mes pieds dans la neige molle, qui semble vouloir tous nous recouvrir. Mon père me tire par la main et me ramène à l'intérieur, me disant que je ne dois pas inquiéter ma mère.
Encore une fois, j'ai réussi à échapper à sa surveillance et pour éviter d'être vue, je contourne la maison et m'amuse à laisser mes empreintes dans le jardin. Il fait très froid, je sens les frissons qui courent sur ma peau mais je les préfère à ceux que je ressens en rentrant dans la chambre où se meurt ma grand-mère.
Je ne veux plus voir pleurer les adultes. Ils me font peur et pour oublier, je tourne dans la neige jusqu'au vertige.
Les flocons s'amassent sur mes cheveux et même aux bords de mes cils. Mes gants sont trempés et je tremble à claquer des dents.
J'entends mon père qui ayant remarqué mon absence s'est mis à ma recherche, il bougonne contre ma désobéissance et lorsqu'il m'aperçoit il se fige et s'écrie « mon Dieu, il ne manquait plus que ça »il me prend dans ses bras, m'emporte jusqu'à la maison.
Dans la salle de bain il me déshabille en me frottant pendant que le bain coule puis me plonge dans l'eau presque bouillante. Je sens encore la brûlure sur mon corps et cette sensation de bien-être que j'ai ressenti après. J'étais bien, j'avais envie de dormir ; c'est à ce moment qu'une voisine est entrée, elle a appelé mon père et a continué à s'occuper de moi.
C'est l'unique bain que me donna mon père.
Grand-mère s'en est allée au cours de cette nuit et la neige me fait presque toujours penser à la mort.
Reinette