Journée d'hiver en Alsace de Bab.

Publié le par azacamopol


Journée d'hiver en Alsace



Commencée avec trois enfants et deux adolescents terrassés par un virus, la réunion familiale du Nouvel An avait continué par une panne générale de courant.


Le temps de trouver le tableau électrique du gîte et d'organiser des chambres de malades, l'épidémie avait galopé plus vite que les malheureux infirmiers improvisés.


Tard dans la nuit, quelques irréductibles, pas encore vaincus par la maladie ou la fatigue, échafaudent, autour de la cheminée, le programme du lendemain. Et pour lutter contre les microbes, ils vident quelques bonnes bouteilles. Soucieux d'éviter le confinement dans les miasmes de la maladie, quelqu'un propose, s'il fait beau, de partir en randonnée. Huit volontaires répondent avec l'enthousiasme d'une soirée bien arrosée.

Au petit matin, victuailles dans les sacs, soupe chaude et thé dans les thermos, la troupe emmitouflée part sur le sentier.


Au début, c'est un enchantement. Sous un de ces soleils d'hiver, presque aveuglant, qui ne parvient à faire fondre ni neige ni glace, on s'extasie en sautant des ruisseaux cristallins, on admire les buissons aux mille rameaux minutieusement recouverts de glace translucide, et les feuilles en inclusion qui ressemblent à des bijoux. On se récrie lorsque apparaît une cascade silencieuse, immobilisée par le froid. Tout est bien différent de la randonnée familière de l'été dernier.


Au fur et à mesure de la montée, les meilleurs marcheurs accélèrent le pas pour se réchauffer. Le groupe s'étire. Les passages frais en été sont aujourd'hui polaires. A la halte où l'on remplit d'habitude les gourdes, la source est comme tout le reste : prise dans la glace. Le temps de marche prévu est largement dépassé mais pas question de s'arrêter, il faut avancer. On est déjà trop loin, il faut monter pour retrouver le soleil. On plaisante encore en évoquant le feu qu'on allumera là-haut.

échange de gants, de bonnets et d'écharpes entre les plus aguerris et les plus frileux. Plus personne ne parle, toute énergie mobilisée pour monter, malgré la température qui descend encore.


Au terme de cette pénible ascension, l'arrivée sur le plateau nous laisse sans voix. La montagne est une immense étendue blanche, brillante, rayée par les troncs noirs des sapins lourds de neige. Une extase de courte durée : impossible d'allumer le feu. Tout est trop humide, y compris nos dos glacés par la sueur de l'effort. Dans les thermos, tout est froid. On mange debout en tapant des pieds autour du foyer éteint.


La halte ne s'éternise pas. On ne sent plus nos pieds ni nos mains... Aïe ! Le genou est encore sensible. Sous le couvert des sapins c'est la patinoire, traitreusement recouverte d'une fine pellicule de neige. Trop tard pour reculer, il faut traverser, l'autre chemin est encore moins praticable. Les braves commencent à regretter leurs gants et bonnet prêtés à une nièce aux logs transformées en glaçons, qui lui tapent le dos comme des bâtons. Y toucher serait lui faire une coupe en règle. On tire d'un sac une crème pour les pieds sensibles et on se masse les mains avec pour faire circuler le sang.


La descente s'avère encore plus périlleuse. On rêve qu'il n'y ait pas de roches et d'une longue glissage on serait déjà en bas. Personne ne s'y risque, il y a déjà un genou et une main meurtris. Et ce n'est que trois heures plus tard qu'on arrive enfin au gîte. Il fait moins 15 degrés.

Ils sont fous ces parisiens !





Bab

http://bamisan-blog


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Publié dans 2008

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A
je me demande comment vous avez fait pour admirer le paysage avec un tel froid et peut-être l'angoisse de ne pas pouvoir revenir à temps!<br /> De jolis souvenirs malgré tout!
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N
Je suis alsacienne d'adoption depuis longtemps ! Et il est vrai que au dessus des Vosges, il fait frisquet ! Parfois aussi dans la plaine... Mais pour les les amoureux des randonnées de moyenne montagne, ou les skieurs, , dont je ne suis pas, le paysage est magnifiques. Par contre tu as manqué de chances et les enfants aussi, c'est le moins que l'on puisse dire... Amicalement<br /> Nettoue
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B
C'est vrai, ce fût une merveilleuse randonnée malgré tout les aléas. Et en rentrant, l'hacatombe continuait et les huîtres, laissées sur le balcon au "frais" faute de place, avaient gelé, elles aussi. On a bien rigolé, c'est tout ce qu'il restait à faire !
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A
Ils ne sont pas fous, peut-être imprévoyants ! Je suis certaine que la beauté du paysage les a quelques peu consolés et que la veillée au coin de la cheminée ne fut que plus gaie.......
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B
ton récit fut très agréable à lire.
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L
Bonjour, Bab...<br /> magnifique récit<br /> plein de descriptions poétiques.<br /> on est soulagé de voir qu'il n'y ait pas plus de dégâts pour ces imprudents...<br /> bises amicales<br /> jean-marie
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P
inconscients surtout, comment peut-on partir sans gants ni bonnet! hein?<br /> ton paysage n'en reste pas moins magnifique.
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