Un tigre de papier de Claudie
Un tigre de papier
La photo était là sur la table, dans la caravane et l’animal blanc me fixait de ses yeux à demi clos. Il semblait calme et buvait tranquillement à la source de l’encrier. Je n’osais pas bouger car il était si volumineux qu’il sortait du cadre. Je n’étais pas un spécialiste des félins tout juste dresseur de puces dans un cirque itinérant et minable. Pourtant j’étais fasciné par sa beauté. À mesure qu’il buvait l’encre, des rayures brunes tâchaient son pelage. J’avançais timidement une main pour les essuyer car j’aimais la pureté de sa robe tout comme sa force sauvage. Il feula, je retirais la main et me mis à lui parler. Lui dire que je ne lui voulais aucun mal, que j’étais certes un représentant de la race humaine mais que je voulais le protéger.
À ma grande surprise, il me tendit une patte amicale et me parla de sa vie. Il était natif de Sibérie et malgré son pelage de neige, blanc sur blanc dans la taïga, il était sans cesse traqué par des braconniers qui voulaient sa peau. Il avait peur des prédateurs à fusils, peur de l’extinction de sa race, peur pour son territoire de chasse, réquisitionné par le progrès. Il ne voulait pas terminer sa vie dans un zoo ou en cage, ne supportant pas les contraintes et les cadres de vie trop arbitraires et bien pensés. D’ailleurs celui de la photo, il l’avait déchiqueté.
Quand je me rapprochais pour admirer sa splendide musculature, je ne vis qu’une ombre. Le bel animal s’était échappé et il ne me resta dans les mains qu’un négatif surexposé. Je le tendis vers la lumière. Le ciel était magnifique au-dehors et la neige avait fondu. Mon tigre était reparti dans ses contrées ce qui était naturel et souhaitable pour un tigre de papier.
Claudie