Un somme ni(é) de Marie Henriette
Un somme ni(é)
La nuit avait été courte : alibi
"On saute l'année!"
Chacun, chacune très jolis ;
Je reçois, et j'ai bien préparé...
Toasts bien ajustés en canapés,
Table décorée, orgie de bougies !
Entrées démultipliées aussi,
Et huîtres fraiches, palpitantes,
Et tournedos tendres, ça enchante !
Je veille aux verres pleins,
Au défilé des vins divins...
Fromages, gâteau fait maison
Les yeux brillent, fatiguée, j'ai un frisson....
"On va faire un feu !"
Tous se lèvent, près du chalet,
La fête continue, dans une envolée
De rires et de verres cognés et de baisers !
Je retourne faire place nette,
Et j'appelle maman, je suis sa nénette !
Maman est malade, elle n'a plus faim,
Depuis des jours déjà, elle n'aime plus rien !
Mal au ventre, nauséeuse, 84 ans...
Je ne peux pas aller rire avec les gens,
Et vais me coucher, le travail est fait...
Si la fatigue m'envahit, je ne peux fermer
Les yeux.... tout le temps qui reste,
Je veille, je lui parle et je peste...
Le bruit de la fête m'empèche de rêver
Trop d'émotions contradictoires, ce soir,
Non maman, tu ne vas pas nous quitter,
Pas encore, pas cette nuit si noire...
Écoute, avec toi , toi seule, je veux rester
Tout bas te parler, quel gaspillage...
Un billet de train à la place de tout ça
Pour être ensemble dans le même paysage,
Et cette inutile allégence à des étrangers ;
Alors que tu as mal, seule sans nos bras
Qui feraient de doux échanges....
Maman, je ne dors pas, chut je ne peux pas
C'est nos cœurs qui ce soir se mélangent,
Les heures sont longues pour à nouveau
Pouvoir te parler, et ce temps qui coule
Comme des larmes, cette nuit qui me roule
Des instants d'angoisse et d'insomnies...
Je me tourne et me retourne, me mets en boule,
Rien , je ne peux rien faire, attendre, prier,
Voir sur le réveil le rougeoiement des chiffres ;
Défilé fatidique... ne pas dormir, eux s'empiffrent
Pour être avec toi, cela sert-il à quelque chose ?
Oui, la nuit veille à petites doses,
Endort nos pensées et douleurs...
Juste ensemble ne pas dormir, insomnie
Entre deux années, pas pour rigoler,
Mais pour veiller à ta vie ....
Cette nuit m'a mit les valises sous les yeux
Et ainsi pochées, l'on croit que j'ai bringué...
Bonne année maman .....
Marie Henriette