Un peu frappé de Polly.
Un peu frappé.
On frappe à ma porte. J’ouvre. Personne. Tous les soirs quand je suis à table, on frappe à ma porte. J’ouvre. Personne. Alors je me demande si c’est pas dans ma tête qu’on frappe, le palier est si vide, pas trace de bruit, pas trace de parfum. Et ça dure toute une semaine. On frappe, je me précipite, et personne. Pff ! Envolé, disparu le frappeur de porte. Suis-je frappé à ce point ?
J’ai demandé au bureau à ma collègue, elle m’a regardé d’un drôle d’air. Frappé ! Peut-être pas, mais pointilleux tout de même ! C’est vrai que je ne laisse rien passer, pas le moindre centime. Je suis comptable, alors je compte. C’est comme une seconde peau. Je compte même les coups sur ma porte. Trois petits coups rapides depuis sept soirs, ça fait déjà 21 coups reçus sans personne pour les donner. Je consulte. Le médecin me trouve en forme. Peut-être des acouphènes! Mais à heure régulière ! Il est sceptique. Je dois trouver une stratégie pour ne pas entendre et ne pas ouvrir. C’est si rare qu’on frappe à ma porte, le facteur quelquefois, les pompiers pour leur calendrier, mais pas bien plus. Les voisins je ne les connais pas. Alors j’ai comme un battement de cœur, une surprise, quelqu’un vient. C’est peut-être çà au fond, l’espoir que quelqu’un vienne. Pourtant j’aime pas les gens. Je vis seul, sans chat, ni chien, pas même un poisson rouge, ça dérange trop ces bestioles, Et j’aime pas qu’on dérange l’ordre dans mon appartement, tout est propre et parfaitement à sa place. Un maniaque disait ma mère qui laissait tout traîner chez elle. Mais depuis sa mort, je réalise soudain que ça me manque un peu son désordre. Pendant une nouvelle semaine, je résiste, mais j’entends les trois petits coups, impossible de me boucher les oreilles. J’ai une idée, enfin ! Mais je me demande pourquoi je l’ai pas eue avant, ça m’aurait évité bien du tracas. Je laisse la porte entrebâillée, à peine, ça ne se voit pas. J’attends derrière. Le premier petit coup et j’ouvre en grand, je reçois le deuxième sur le nez. J’ai face à moi une petite dame toute menue. Elle est désemparée, la bouche ouverte. Je gronde.
Elle répond que d’habitude je n’ouvrais pas.
- D’habitude j’ai pas le temps d’arriver que vous avez disparu ! Et vous m’avez frappé !
Toute penaude, elle raconte qu’elle est ma voisine depuis un mois, et qu’elle aime pas se sentir seule. Elle voulait seulement vérifier que quelqu’un habitait à côté, ça la rassurait. Elle voulait pas déranger, juste se rassurer pour aller dormir tranquille.
Finalement je la fais entrer, on discute. Elle m’invite aussi.
Mais quel désordre chez elle !
Polly