Tarmac blues d'Anis.
Tarmac blues
Je ne me demande jamais où vont les avions. Je sens juste le parquet de la maison trembler sous mes pieds et les vibrations dans les murs et puis ce vacarme assourdissant des moteurs à plein régime. Je souffre depuis quelques années de violentes migraines. Mon mari est mort et mes enfants sont partis. J’ai essayé de vendre la maison mais en vain, personne n’en veut à cause du bruit des avions. Les avions partent sans arrêt alors que moi je reste là. Le problème c’est que la maison n’est pas finie de payer et que je ne peux pas assumer un loyer en plus des traites.
Je vais me reposer chez ma fille de temps en temps. Cela allonge un peu mon trajet pour aller travailler mais quel bonheur, juste le ronronnement de la circulation derrière le double-vitrage.
Moi, ces avions, je préfèrerais qu’ils ne partent pas. D’ailleurs, je prends toujours le train, et une couchette si le trajet est trop long.
Parfois je rêve que je suis un avion, que je décolle pour m’envoler dans les nuages. D’en haut je vois le tricot que j’ai laissé sur la chaise, ou les boules Quiès sur la table de nuit.
Peut-être aussi un jour, mon prince viendra. Il aura un appartement, et surtout il sera locataire ; il m’emportera dans sa twingo vers des jours meilleurs…
Anis (la librivore)