Donne-moi de Polly.
Donne-moi
Donne-moi encore là-haut avec ses étoiles grosses comme dans mes contes d’enfant. Des lumignons splendides qui peuplent le ciel sombre. Le feu dehors rougeoie encore un peu, dans la cabane, le poêle ronfle très fort, il fait chaud, et nous ne dormons pas.
Donne-moi encore mon grand chien descendu du bat-flanc qui nous rejoint sous les étoiles.
On est à 1600 mètres d’altitude, peut-être plus, je ne sais. C’est l’automne, les mélèzes flamboyaient sous le soleil quand on s’est installés.
Donne-moi encore la beauté de la nuit, je regarde ce ciel comme si je le découvrais pour la première fois, il fourmille de lumières si brillantes.
Sidérée par cette proximité, je touche du doigt les étoiles, presque, j’en décrocherais bien une et la poserais entre nous, sur la couche commune.
Donne m’en une, me dit mon compagnon. Je lève la main, entre les doigts elle brille, elle l’enflamme.
Regarde, je te la donne.
Un instant au bout du monde, seuls tous les trois.
La perfection de l’instant. Nus sous la voute, hors du temps.
Mon grand chien silencieux, comme nous, tout près de nous, le même que nous, dans la même condition. Tous trois, unis comme jamais.
Sauvage nature, nous sommes de celle-là.
Comment dire? Tout est bien.
Un soir, une nuit, un matin, journée d’éternité.
Don de la vie.
Polly