Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 09:51

 

Réconciliation

Partie 1 : L’invité.

 

Juliette n’avait que onze ans. Et pourtant…

 

Son petit côté « garçon manqué » ne salissait en rien sa beauté.  Bien au contraire.

Elle aimait la poésie. Elle aimait le chant aussi. Elle était rêveuse, un peu sauvage, et passait des heures au bord du ruisseau à observer les couleurs, les oiseaux, et à s’imprégner du son délicat de l’eau.

 

« Juliette, nous passons à table ! Laves-toi les mains et salues notre invité ! », entendit-elle hurler par une voix agacée, au loin.

 

Elle salua l’homme qui se tenait devant elle. Cet homme-là, elle ne l’aimait pas beaucoup. Il n’y avait aucune raison pourtant, aucune! Mais elle le trouvait très étrange. Ses grands yeux noirs et son teint pâle  lui donnaient  un air surprenant. Son sourire était faux. Tout cela ne lui inspirait rien de bon.

 

« C’est fou ce que cette gamine peut être souillée ! Je ne sais pas ce qu’il faut dire ou faire pour qu’elle se comporte enfin comme une vraie petite fille » ajouta sa pauvre mère, s’adressant à l’homme qui ne cessait d’afficher ce sourire insupportable.

« Ce n’est qu’une enfant, Sybille. Ce n’est qu’une enfant… »,  se serait empressé de contredire son père, s’il avait encore été de ce monde.

 

Son père, Juliette l’aimait plus que tout au monde. Elle l’admirait même. Il était grand, et son élégance naturelle se passait bien de toutes superficialités. Contrairement à sa mère, il ne s’attachait pas aux choses matérielles et n’avait que faire du jugement des autres. Il était sécurisant, aimant, mais surtout mort depuis déjà deux ans.

 

« Juliette, je te présente Antoine. Il va dîner avec nous et il passera quelques jours ici, cet été avec son fils, Paul »,  dit-elle.  Seule, Sybille semblait enjouée à l’idée d’accueillir cet invité.

 

« Alors c’est vous, Antoine. J’ai beaucoup entendu  parler de vous », annonça Agnès, la tante de Juliette qui posait sa tasse de thé dans l’évier et s’apprêtait à partir. «  Je… je vous imaginais autrement ! ».

 

 On sentait une pointe de moquerie dans ces paroles. Il est vrai qu’Antoine était plutôt bel homme. Et beaucoup plus apprêté que nécessaire en une si modeste demeure.

Son costard jurait vraiment avec le décor. Il avait l’air presque ridicule accoutré de la sorte. Et ses chaussures si joliment vernies, n’allait sans doute pas briller longtemps. La pluie, la terre, la boue, le smoking. Tout cela n’allait vraiment pas ensemble.

 

Juliette se retint de rire. Une fois Agnès partie, une ambiance morose s’installa à table, ce qui était assez rare. 

 

Cet homme avait l’air de détester l’endroit où il se trouvait. Il ne cessait de sourire. Un sourire qui devint gêné, dégoûté, voire hostile. Il avait sans doute l’habitude des grands restaurants gastronomiques. Si peu de couverts, et si peu de présentation dans l’assiette, semblait l’embarrasser terriblement. Il mangea par dépit et refusa même de prendre le dessert.

 

Il faut dire que Sybille n’était pas aussi douée en cuisine qu’elle ne l’était pour dégoter des types dans le genre. Une dizaine de minutes de cuisson en plus auraient sûrement été les bienvenues. Pauvre gâteau.  Pauvre invité. Pauvre Juliette.

 

Partie 2 : L’amitié

 

                Juliette aimait l’école. Enfin, elle aimait s’instruire, découvrir tout un tas de « choses » diverses. Concernant la nature, la planète, le système solaire ; ou encore « les histoires du passé, celles qui nous permettent de comprendre le présent ». Elle appréciait les professeurs. Elle les admirait.

 

Elle ne savait pas ce qu’elle voulait « faire plus tard ». Elle voulait apprendre tellement, et aimait tellement de « trucs ». (Oui, parce que c’est un peu comme ça qu’elle causait la petite !)

Tout l’intéressait. Ou à peu près tout.

Elle avait toujours de bons résultats à l’école. Elle savait au fond d’elle, que son envie si prononcée de s’enivrer de connaissances aussi variées, était en fait : une échappatoire. Elle savait aussi de quoi elle voulait s’échapper. La mort de son père y était évidemment pour quelque chose. Mais pas seulement.

 

La façon dont sa mère l’ignorait souvent. Sa manière de toujours exalter ses défauts en public.

Elle se rendait compte que la seule chose qu’elle ignorait et qu’elle ne saurait probablement jamais, résidait en Sybille. Sa propre mère, sa petite et stricte  « maman », la personne qui l’a vu naître, semblait la haïr. Et elle ignorait pourquoi.  « C’est vrai, pourquoi ? ».

 

Juliette ne s’ennuyait jamais. Elle avait peu d’amis. A moins que l’on puisse considérer un livre comme un ami. Il y avait Bilbo, un énorme chien des montagnes, gentil, peu joueur, et le plus fidèle de tous. Puis, il y avait Arthur, son voisin, qui vivait dans la petite ferme à trois maisons de celle de Sybille et Juliette. Ils avaient fréquenté la même école primaire, et avait beaucoup de points communs. Ils aimaient tous les deux le bruit de l’eau. Et ils ne parlaient à personne au collège. Ils n’étaient pas dans le même groupe. Juliette était en classe de sixième, tout fraîchement sortie de l’école primaire. Arthur, lui, était en classe de cinquième. Il a « sauté une des petites classes ». Il savait déjà couper des formes, les coller, compter jusqu’à dix, et épeler « A.R.T.H.U.R » avant même d’avoir appris l’alphabet. Encore un point commun : il n’avait pas eu une enfance facile non plus, et là on lui demandait d’être capable d’ « agir en adulte ». 

« - Tu veux être brillant ? Alors agis en conséquence ! », le menaçait son grand-père, sans cesse. Il n’avait  « pas de bol » non plus ce gamin-là !

Mais finalement, ils s’étaient  bien trouvé tous les deux. Ils se parlaient beaucoup. Ils s’aimaient beaucoup. Comme des frères et sœurs.

 

 

Partie 3 : Lui. L’anonyme.

 

C’est vrai qu’elle n’avait pas beaucoup d’amis, Juliette. Elle ne détestait personne mais elle aimait être seule et elle était très discrète. Elle n’ignorait pas un camarade s’il la saluait. Mais, elle n’était pas très à l’aise pour communiquer. Elle préférait échanger. Et peu de camarades étaient réellement intéressés pour ce genre de discussions. Elle aimait les garçons pour leur simplicité et leur solidarité. Elle trouvait certaines filles idiotes. Mais elle acceptait tout le monde avec beaucoup de sagesse.

 

Bilbo semblait vouloir sortir. Il n’avait pas tort. Le soleil illuminait la chambre de Juliette. A travers la fenêtre entre-ouverte, on aurait cru entendre les oiseaux murmurer : « - Mademoiselle Juliette. Monsieur Bilbo». L’appel de la nature sans doute. Elle aimait penser qu’elle était capable de communiquer avec les arbres. Elle pouvait bien aimer croire aussi qu’elle pouvait entendre les oiseaux la réclamer. Bilbo la comprenait, pourquoi pas eux ?

 

Elle décida donc d’écouter les oiseaux et de faire confiance à son fidèle ami. Elle traversa le salon à la recherche de sa paire de bottes. Elle mit un certain temps à retrouver les deux bottes. Comme à son habitude, Sybille qui n’était pas très maniaque, avait mis sans dessus-dessous toute la pièce, sans doute afin de retrouver quelque chose dont elle avait absolument besoin et qu’elle soupçonnait Juliette d’avoir dérobé, avant de découvrir qu’elle l’avait en fait, elle-même, rangé dans un endroit tout à fait insolite. Tout comme cette nuit où elle s’était échappée à Paris, laissant Juliette en compagnie de Bilbo. Elle aurait juré avoir rangé son rouge à lèvres d’un rouge ultra glamour dans le tiroir de sa commode et le retrouva finalement dans la cuisine, dans l’immense pot qui servait à la fois de tirelire, d’armoire à clés et de fourre-tout.

 

Dehors, le soleil était encore plus éclatant. Juliette aurait aimé sourire. Elle pensa à Arthur, et avança machinalement sur le chemin qui menait à l’endroit où il vivait. Elle sonna donc à sa porte et l’invita à se joindre à elle. Il salua Bilbo et enfila ses tennis.

 

« - Où va-t-on ? », demanda-t-il.

« - C’est drôle, j’allais te poser la même question. »

« - On peut aller au ciné. Il y a un film qui a l’air sympa en ce moment. Ca changerait. On traîne tout le temps au ruisseau. »

Bilbo le regarda d’un mauvaise œil.

« -Ok, j’ai compris, gloussa Arthur. Désolée, Ju . Je pensais plus à ton chien »

« - C’est pas grave, il n’en tiendra pas compte. »

Bilbo ne semblait pas être d’accord avec sa maîtresse mais oublia rapidement l’incident.

« - Mais ça ne nous dit pas où on va ? », reprit-elle.

« - Au ruisseau ? »

« - Non, tu as raison. Il faut qu’on change un peu. Mais je n’ai plus d’argent de poche et avec Bilbo, on peut pas prendre le bus, alors je propose qu’on avance et qu’on suive notre instinct. Je suis sûre qu’on peut trouver des endroits charmants aux alentours. »

« Ca me va! », acquiesça-t-il.

 

Ils se mirent à courir « comme des gamins ».  Ils étaient des gamins. Des enfants. Des « mioches » qui ne voulaient pas en être. Mais ils restaient avant tout des gosses.

Bilbo ne s’en plaignait pas. Mais il fatiguait vite. Il n‘était pas tout jeune. Pauvre vieux.

Juliette s’arrêta donc une minute, Arthur la suivant de très près.  Bilbo tirait la langue et bavait un peu.  Trois kilomètres et ils étaient entré dans le village.

 

Juliette, se retourna pour s’asseoir sur le muret, la tête de Bilbo sur ses genoux. Et Arthur choisit de « se poser » par terre, les jambes croisées. Il avait une sale manie : regarder le sol et jeter de minuscules cailloux qui ne lui avaient rien fait derrière lui.

 

Un groupe de jeunes garçons passaient de l’autre côté de la rue. Juliette fut surprise. Il n’y avait jamais personne habituellement de ce côté-là du village. Elle reconnut le fils du boucher. Il était au collège, en cinquième, avec Arthur. Mais, ils ne s’appréciaient pas tellement.

Et pour cause, ce garçon était particulièrement fier et désagréable. Elle reconnut également un certain « Simon ». Elle ne connaissait à vrai dire que son prénom. Il n’était pas au collège, celui-là. Mais, ils étaient tout le temps ensemble. Il y avait aussi un grand type qui avait l’air beaucoup plus âgé. Sûrement le frère d’un entre eux. Et enfin, ce garçon.

 

Il n’était pas très grand, mais il était très mince. Ses cheveux bruns  décoiffés, son regard vert anis profond le rendait mystérieux. Il riait. Il était beau son sourire. Très beau. Tout comme lui. Mais qui était-il ? Juliette l’ignorait. Jusqu ‘à ce que cette bonne vieille commère de Mélissa surgisse de nulle part :

 

« - Salut les nazes ! bah, Juju ! Qu’est ce que tu mates comme ça ? »

« - Arrête d’être vulgaire. Ca ne te va pas du tout ! », répondit Juliette, sèchement.

« - Je ne suis pas vulgaire du tout, je parles comme les jeunes, sainte nitouche ! »

« - Faut croire qu’on a pas régler notre instinct sur la bonne fréquence », chuchota  Juliette.

Elle ironisa : « -Tiens, toi qui sait tout et qui ne sait pas tenir ta langue, tu sais qui c’est, le … comment vous dîtes, vous, les abrutis ?... le « Beau Gosse », là-bas ? »

« - Tu parles pas de Simon, là, j’espère ? »

« - Non, je parle du petit brun. » répondit la petite fille levant les yeux au ciel comme pour dire au ciel : « - Tu devais être vraiment crétin pour avoir inventé des personnages aussi stupides ! »

« Ah, le petit brun ! C’est un petit nouveau. Ché pas comment il s’appelle. » répondit Mélissa, visiblement pas convaincu que Juliette ait la même définition de « Beau Gosse » qu’elle.

« Tu, quoi ? », demanda Juliette.

« Je sais pas comment il s’apelle. Tu n’as qu’à aller lui demander lundi au collège. », dit-elle en partant. On aurait dit qu’elle était contente d’avoir obtenu un scoop. Tout le monde n’allait pas tarder à savoir que Juliette s’intéressait à ce garçon. Mais elle s’en fichait. Elle avait vraiment flashé dessus. Et elle était déterminée à en savoir plus.  Arthur, lui, était rouge écarlate.

 

« - Qu’est ce que t’as à rougir comme ça ? C’est Mélissa qui te fait cet effet ? », interrogea-t-elle, moqueuse.

« -Beh, beh… Pff, mais qu’est ce que tu vas chercher là ? ». Il s’interrompit puis reprit : « - Elle est jolie, c’est vrai. »

 

Partie 4 : La déception.

 

                Elle pensa à lui tout le week-end et se demanda comment elle allait s’y prendre pour l’aborder. Elle allait d’abord devoir le trouver parmi une foule d’élèves. Préparer ce qu’elle allait lui dire. Non. Elle se devait d’être la plus naturelle possible.

« - Mais, enfin, qu’est-ce qu’il m’arrive ? », se demanda-t-elle dans le bus, ce lundi matin-là. Arthur dormait à côté d’elle. Il ne remarqua même pas que Juliette était préoccupée. Elle ne le trouva pas ce jour-là, ni les jours qui suivirent.

 

La dernière journée avant les vacances d’été arriva. Et toujours rien. Ce soir-là, elle rentra à la maison, à la fois rêveuse et déprimée. Elle ne s’attendait absolument pas à ce qui l’attendait.

 

« -Surprise », cria Sybille. « - Regarde qui nous fait l’honneur de sa présence ? »

Juliette n’en croyait pas ses yeux.

Elle ajouta, heureuse : « - Tu ne te souviens pas d’Antoine, je m’en doutais. Tu ne changeras donc jamais. Toujours aussi dissipée ! Il nous a rendu visite au début du printemps. Il a déjeuné avec nous et je t’avais prévenu qu’il devait venir passer quelques jours avec nous. Il a un peu d’avance, mais c’est pour ça que je l’aime, mon petit Antoine ».

Elle le regardait avec un tel désir qu’on aurait pu croire qu’elle en était amoureuse. Il sourit. Et elle poursuivit :

« - Et il n’est pas seul ! Je te présente : Paul. Sois gentille et montre –lui le coin. Aide-le à s’intégrer. Nous allons être tellement heureux tous ensemble. Une vraie petite famille ! ».

Sybille était heureuse. Et Juliette avait le souffle coupé. Elle se sentit mal tout à coup.

 

Quand elle se réveilla. Elle était sur le canapé emmitouflée dans une vieille couverture  qui piquait affreusement. Elle cru d’abord avoir fait un mauvais rêve. Puis, elle entendit la voix de Sybille :

« - Chéri, c’est bon, elle est réveillée ! »

 

« -Chéri ? » 

 

Ce n’était pas un mauvais rêve.

 

Juliette avait complètement oublié l’invité mystérieux qui passait par là, quelques mois plus tôt. Elle avait également oublié qu’il devait revenir passer quelques jours accompagné de son fils. Et la réalité la bouleversa. Non seulement,  l’homme dont elle se méfiait tant à la première rencontre était l’amant de son ignoble mère, mais en plus, le garçon qui la hantait tant depuis trois semaines , « le petit nouveau », n’était personne d’autre que, Paul, le fils d’Antoine.

 

« - Pincez-moi, je rêve » pensa-t-elle. Juliette refusait d’y croire.

 

Antoine arriva dans la pièce où Juliette essayait de se remettre de ses émotions. Et Paul le suivait. Il était incroyablement beau. Il n’avait rien de son père, si ce n’est la peau pâle. Sauf que cela ne lui donnait pas  un air étrange mais mystérieux. Et ce n’était pas la même chose : « Ah, ça, non ! »

Antoine ne dit pas un mot. Il ressortit aussitôt de la pièce accompagné de Sybille. Sa mère était vraiment maladroite, elle le savait. Mais alors là, elle avait atteint des sommets !

Paul avança et dit : « -Salut ! C’est moi qui te fais cet effet, poupée ? Mais, tu rêves. Tu t’es vu ? On dirait que tu portes une serpillière. Et j’ai une copine, tu sais. ». Déception.

 

Partie 5 : Rien ne va plus.

 

                Comment savait-il ? Mélissa  était sans doute, une fois de plus, derrière tout ça.

Rien n’allait. Sa mère trompait son père avec un homme qu’elle détestait. Il ne parlait jamais de toute façon, et elle ne voyait vraiment pas ce que Sybille pouvait lui trouver. Son fils était aussi détestable que lui, mais elle ne pouvait s’empêcher de le trouver beau.

Son père était mort certes, mais elle n’avait pas le droit de lui faire ça. Elle ne pouvait pas aimer un autre homme et encore moins celui-là. Et elle n’avait pas le droit non plus d’annoncer les choses de cette manière. Juliette était une gamine assez forte mais là, c’en était trop !

 

Si Antoine ne parlait pas, Paul, lui, se faisait un malin plaisir d’humilier Juliette dès qu’il en avait l’occasion. Il ne se privait pas de la faire même devant Sybille et Antoine. Tout le monde semblait prendre tout cela avec humour. Sauf Juliette. Il ne cessait de lui rappeler à l’abri des regards qu’elle ne serait jamais sa petite amie et qu’elle ne serait jamais non plus sa sœur.

« - T’es pas assez bien pour être à la hauteur de ma famille. Mon père te déteste. Même ta mère peut pas te piffrer ! », disait-il, content d’avoir réussi à sortir une phrase si longue sans réfléchir.

 

Au début, Juliette opta pour l’indifférence. Paul ne méritait pas qu’on lui réponde. Elle allait devoir le supporter. Les vacances allaient être longues. Mais, les choses empireront à la rentrée. Il fallait qu’elle change de collège. Elle ne voyait pas d’autres solutions. Sybille n’allait jamais accepté. 

 

« Quelle merde ! »

 

Partie 6 : Courage !

 

                Quelle solution restait-il à Juliette ? Elle n’avait même plus envie d’apprendre quoi que ce soit de la vie. Elle l’avait trop déçue.

 

 Elle se désintéressa de tout, arrêta de se promener en compagnie de Bilbo et Arthur. Sa mère la punissait tout le temps, sans raisons valables. Elle ne pouvait plus sortir de toute façon. Elle se sentait séquestrée, étouffée, brimée. Elle se mit donc à écrire. Quelques poèmes au début, puis, elle écrivit de plus en plus. Elle écrivait ses sentiments pour Paul, sa rancœur pour sa mère, sa méfiance à l’encontre d’Antoine, son amour pour la nature, son amitié pour Bilbo et Arthur. Il lui manquait.

 

Bilbo était à présent son seul et unique ami. Il était le seul à l’écouter, à la consoler, à sa façon. Ses léchouilles humides ne la dégoutaient plus.  Il avait l’air triste lui aussi et grognait à chaque fois que Paul passait dans les parages. Bilbo n’aimait visiblement pas Paul. Il avait de la chance lui.

 

Juliette pensa à fuir. Mais où irait-elle ? Elle n’avait pas d’amis et il ne lui restait que sa mère. Bilbo était là, mais il n’avait pas de maison pour l’héberger et pas d’argent pour la nourrir. Et elle n’en avait pas non plus. Elle allait devoir attendre de grandir, et de pouvoir s’assumer. Rien que d’y penser, elle en avait des nausées. Elle n’avait que onze ans, ce qui laissait supposer qu’elle ne parviendrait pas à ces fins avant une petite dizaine d’années. Dix ans encore, à supporter les brimades de Paul. Dix ans, à voir Sybille s’épanouir  dans les bras d’un homme pathétique et muet. Dix ans de punitions incessantes et de moqueries à l’école. Sans parler des innombrables périodes de vacances scolaires qu’elle allait devoir affronter, enfermée dans sa chambre avec son chien et ses bouquins.

 

Et si sa mère se séparait d’Antoine ? L’idée était bonne. Mais, l’avis de Juliette ne comptait pas pour Sybille. Elle pourrait en parler à sa tante, Agnès. Peut-être qu’elle parviendrait à la ramener à la raison. Non. C’était absurde.

 

Juliette se dit que la vie était décidément très compliquée.  Elle se demandait si elle était si injuste avec tout le monde ou si elle ne s’acharnait que contre elle. Puis, elle pensa à ceux qui n’ont rien à manger et vivent dehors toute l’année. Et elle cessa aussitôt de broyer du noir.

 

« -Courage, tout va finir par s’arranger. », pensa-t-elle.

 

 

Partie 7 : La vie continue.

 

                Effectivement, la vie suivit son cours.

 

                Lorsque sa mère leva la punition, Juliette sut que c’était uniquement parce qu’elle avait prévu de partir quelques jours au bord de la mer avec son amant. Elle espérait que Paul les accompagnerait. Mais, malheureusement, lui aussi était contraint de rester à la maison. Elle allait devoir partager quatre longues journées seule avec lui. « Super ! »

 

Il avait l’air en colère, et content à la fois. Sans doute pensait-il à toutes les horreurs qu’il allait pouvoir lui dire et à toutes les humiliations qu’il pourrait faire subir à cette pauvre Juliette.

Elle avait l’habitude maintenant et se surprit à ne même plus s’en inquiéter. Elle pensa surtout à tout ce qu’elle allait pouvoir faire après leur départ. Elle allait revoir Arthur.

 

Les amoureux partirent deux jours plus tard, indifférents aux deux mines effarées des préadolescents qu’ils laissaient derrière eux. Juliette ne perdit pas de temps, et entraîna Bilbo sur le chemin de la maison d’Arthur. Elle n’avait jamais autant aimé l’emprunter qu’à ce jour.

 

« -Ah ! Une revenante ! J’ai cru que tu ne voulais plus me voir. », dit-il soulagé de la présence de son amie.

« - Voyons, bien sûr que non ! Si tu sais, la merde dans laquelle je suis ! »

« - Quoi ? Tu as des problèmes avec la justice ? Ta mère t’a envoyé dans une maison de redressement ? », dit-il amusé.

« - Hé ! Je rigole pas ! Elle a pas eu besoin de m’y envoyer ! La maison de redressement, c’est elle ! »

Elle riait jaune.

« - Nan ? Tu plaisantes ? »

« - Mais t’es bête ou quoi ? Tu vois ma tête ? J’ai jamais été aussi blanche en été. Je ne suis pas sorti depuis le début des vacances ! Je suis trop dissipée et blablabla ! Tu sais comment elle est ! »

« - Ah merde ! », lâcha-t-il, gêné.

« - C’est bon, fais pas cette tête ! Tu pouvais pas savoir ! Bon, parlons d’autres choses ! T’as trouvé un endroit sympa finalement ? Pour se ballader, je veux dire ! La dernière fois, on peut dire que notre instinct nous a joué des tours… », le rassura-t-elle .

 

Arthur suggéra de laisser Bilbo à la maison. Il avait apparemment quelque chose de très important à montrer à Juliette. Et cela nécessitait de prendre le bus.

 

« - Je sais que t’as pas une tune, dit-il, mais je paierais ton ticket »

« - Où t’as appris à parler comme ça toi ? »

« - Oh, je me suis fait quelques amis en ton absence ! », avoua t-il.

« - Toi ? Des amis ? »

« - Oui, mais on en parlera plus tard. Viens par là. On va rater le bus »

 

Elle le suivit,  intriguée. Qu’est ce qui pouvait bien être si important ?

Dans le bus, elle songea à ce qu’Arthur lui avait dit. Elle se demanda comment ce garçon si timide et si solitaire pouvait s’être fait des amis sur Paris. Car, c’était là qu’ils allaient et elle était presque sûre qu’il voulait les lui présenter.

Après tout, s’ils étaient ses amis, ils ne pouvaient être que sympathiques. Elle se détendit et s’assoupit.

 

 

 

Partie 8 : Solitude.

 

                « - C’est une blague ? Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? »

Juliette était en colère. Arthur était ami avec la personne qu’elle aimait et détestait le plus à la fois : Paul.

« - Ben quoi, c’est mon pote ! Pourquoi ? C’est quoi ton problème ? », dit-il, agacé. Elle lui fit signe de la suivre pour que Paul n’entende pas. Il était bien trop occupé à discuter avec les autres garçons de la bande de toute manière.

« - Il me mène la vie dure depuis le début de l’été. C’est… comment dire… Il vit chez moi. Ma mère fricote avec son père. Il est insupportable. Il faut que tu arrêtes de le fréquenter ! Crois-moi ! C’est un monstre ! »

Au même moment, elle jeta un coup d’œil vers Paul et pensa : « Mon Dieu, qu’il est beau ! »

« Non ! Non ! Il est affreux ! » se contredit-elle, toujours dans ses pensées.

 

« - Qu’est ce qui te prend, Ju ? Je te reconnais pas là. Il est super ce type !, dit Arthur, sûr de lui. Je croyais que tu le kiffais ? »

« - Mais puisque je te dis qu’il me fait vivre un enfer ! Je croyais que tu étais mon ami ! Si tu ne me crois pas, alors c’est toi qui as changé ! ».

Partie 8 : Solitude.

 

                « - C’est une blague ? Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? »

Juliette était en colère. Arthur était ami avec la personne qu’elle aimait et détestait le plus à la fois : Paul.

« - Ben quoi, c’est mon pote ! Pourquoi ? C’est quoi ton problème ? », dit-il, agacé. Elle lui fit signe de la suivre pour que Paul n’entende pas. Il était bien trop occupé à discuter avec les autres garçons de la bande de toute manière.

« - Il me mène la vie dure depuis le début de l’été. C’est… comment dire… Il vit chez moi. Ma mère fricote avec son père. Il est insupportable. Il faut que tu arrêtes de le fréquenter ! Crois-moi ! C’est un monstre ! »

Au même moment, elle jeta un coup d’œil vers Paul et pensa : « Mon Dieu, qu’il est beau ! »

« Non ! Non ! Il est affreux ! » se contredit-elle, toujours dans ses pensées.

 

« - Qu’est ce qui te prend, Ju ? Je te reconnais pas là. Il est super ce type ! », dit Arthur, sûr de lui.

« - Mais puisque je te dis qu’il me fait vivre un enfer ! Je croyais que tu étais mon ami ! Si tu ne me crois pas, alors c’est toi qui a changé ! ».

 

Il avait bel et bien changé. Il ne parlait plus comme avant. Il ne marchait plus comme avant. Son regard n’était plus le même. Il frimait comme les autres.

 

Juliette tourna les talons. Il se mit à pleuvoir. Elle s’abrita et attendit le bus pour rentrer.

 

Solitude.

 

 

Partie 9 : La clé.

 

                Qu’était-il arrivé à Arthur ? Juliette l’ignorait. Elle n’aurait jamais imaginé que son seul réel ami humain puisse changer à ce point en si peu de temps.

Deux semaines auront suffit. Deux semaines qu’elle aurait qualifiées de si longues, il y a quelques heures seulement. Elle les trouvait minuscules et insignifiantes maintenant.

 

Bilbo était content de retrouver sa maîtresse. Il sembla comprendre tout de suite ce qui était arrivé en la voyant. Il la suivait partout en gémissant comme s’il avait une patte cassée, et la couvrait de câlins.

« - Bilbo, tu es résolument mon seul ami. », dit-elle.

 

Plus déprimée que jamais, elle s’installa sur son lit et bouquina.

« - Si c’est ça la vie, vaut-elle vraiment la peine d’être vécu ? », pensait-elle. « Ce Paul est vraiment machiavélique. »

 

Elle ne savait même pas ce qu’elle lisait. Elle avait pris un livre au hasard. Son regard se porta sur la dernière page. Elle était différente des autres. On aurait dit qu’elle avait été rajoutée.  Sur cette page, on pouvait lire : « Il faut être malheureux pour être si méchant ». Elle reconnut l’écriture irrégulière de sa mère. Ca ne lui ressemblait pas pourtant. Sybille, aurait-elle des sentiments, finalement ? De qui parlait-elle ? Qui pouvait bien être malheureux ? Elle ? Personne d’autre, à part Paul, n’était vraiment méchant.

 

 « Mais, oui, c’était ça ! Bien sûr ! Elle est là, la solution ! ».

 

 

Juliette devait trouver ce qui pouvait bien rendre Paul si malheureux. Arthur avait peut-être raison. Il était sûrement génial ce « type ». Il était tout simplement malheureux.

 

Elle avait trouvé la clé.

 

 

Partie 10 : La Chute.

 

                Juliette n’arrivait pas à croire que sa mère qui la méprisait tant, l’avait aidé à sortir de cette situation pénible. Du moins, elle lui avait permis d’espérer pouvoir s’en sortir.  Si Sybille le savait, elle regretterait sûrement d’avoir écrit ces mots. Là où elle était, elle se fichait pas mal de le savoir. Elle était certainement en train de boire un cocktail avec son « Jules »,  et de faire « bronzette » sur la plage, affichant ses formes avantageuses, fièrement. Ou bien peut-être était-elle en train de manger un kebab, Antoine la suivant à contrecœur. Il n’y a pas de couverts, et il n’y a rien de très raffiné dans un kebab. Tout ce qu’il devait détester. Il devait beaucoup l’aimer, Sybille, pour accepter de mettre ses valeurs de bourgeois de côté. Il n’était peut-être pas si coincé et si fermé que Juliette le pensait.

 

Peut-être qu’elle s’était trompée sur toute la ligne, et qu’elle s’était elle-même créée tous ces problèmes.

 

Paul finit par rentrer lui aussi. Elle décida alors de ne pas attendre et de lui parler tout de suite :

 

« - Qu’est-ce qui te rend si malheureux, dis- moi ? »

« - Hein, qu’est-ce qu’elle raconte la gamine ? », répondit-il. On sentait qu’elle l’avait troublé.

« - Réponds. Qu’est- ce qui te rend si malheureux ? », insista Juliette, déterminée.

« - Tu es folle. », dit-il.

« -Et toi, tu es un mauvais menteur. »

« - …. »

Il ne savait plus quoi répondre.

« - Tu vois, je t’ai piqué là où ça fait mal ! Je ne suis pas idiote. Je sais que tu as un problème, que tu en souffres et que tu te caches derrière tes airs de petit fils à papa, mal luné. », ajouta-t-elle.

« - Je n’ai  pas envie de parler de ça avec toi,  tu n’es pas mon amie, tu n’es rien pour moi. Et encore moins ma sœur, alors ne fais pas ta gentille, steuplé. Je t’aime pas. C’est tout. »

 

Il se dirigea vers la cuisine : « -Maintenant, fous moi la paix, j’ai faim. »

« - Moi aussi, ça tombe bien ! », dit-elle amusée.

 

L’atmosphère semblait se détendre un peu. Ils mangèrent en silence et Juliette continua :

« -C’est donc ça ton problème. Tu ne veux pas de moi dans ta famille. Tu as peur que je te pique ton petit papa chéri. Mais ne t’en fais pas pour ça ! Je suis pas ta sœur, je serais jamais ta sœur, et je me fiches pas mal de ton père. »

 

Il ne dit rien. Elle poursuivit :

« - Il est avec ma mère. C’est tout. On y peut rien. Tu crois pas qu’on pourrait essayer de s’entendre ? »

« -Peut- être », dit-il. Mais, il n’était pas convaincu.

 

Juliette brisa une nouvelle fois le silence :

« -C’est Mélissa qui t’a dit que j’avais un faible pour toi ? »

« -Non, je l’ai vu. C’est tout. »

« -Pourquoi tu m’as piqué mon seul ami ? », dit-elle, sur un ton hésitant.

Il ne comprit pas.

« -Arthur ? », demanda t-il.

« -Oui »

« - Je te l’ai pas piqué. Il traînait avec mon pote Roger. On a sympathisé. T’es vraiment parano comme meuf toi ! »

 

Juliette décida de ne pas chercher à en savoir plus et se tue. Elle s’estimait heureuse d’avoir déjà réussi à communiquer un peu avec Paul. Sans se crier dessus. C’était une nouveauté. Elle, qui d’habitude n’arrivait pas à communiquer. Cela paraissait presque grotesque qu’elle y parvienne avec son supposé ennemi juré.

 

Cette fois, c’est Paul qui brisa le silence :

« - T’es parano. Mais, tu as raison. Je suis malheureux. »

 

Il ne lui adressa plus la parole. Plus un mot jusqu’au retour  de Sybille et Antoine.

« -Salut les enfants. On vous a pas trop manqué on dirait ! Quel bordel ! », ronchonna la mère de Juliette. Elle n’était pas gonflée ! Rien n’avait bougé depuis son départ !

« - Salut. », répondit Paul.

« - Salut », suivit Juliette.

 

« - Perroquet ».

 

Juliette se retourna. C’était Arthur qui venait d’entrer dans le salon. Elle regarda Paul. Il lui fit un clin d’œil. Elle sourit.

 

 

 

 

 

Ecrit par Moamoonoupsarghh Le 9 juin 2011.

 

Moamoonoupsarghh

 

http://moa.moon.oups.arghh.over-blog.com

 

 

 La nouvelle a été publié par son auteur à l'adresse suivante (plusieurs articles à la suite de celui-ci)

http://moa.moon.oups.arghh.over-blog.com/article-reconciliation-premiere-partie-76134960.html

 

 

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 22:56

 

Querelle d’enfants

 

 

une histoire sans importance

que je conte sans trop trahir

venue tout droit de mon enfance

elle est un vague souvenir
qu’un déclic fait soudain surgir


A l’époque,  le jeudi était le jour de repos des écoliers et le samedi, un jour de travail comme les autres…
Pierre et Jean avaient une dizaine d’années

Ils  profitaient de leur après-midi pour jouer chez Jean  à leurs jeux préférés « meccano » et soldats de plomb.

On construit des engins bizarres, guerriers pour la plupart, que l’on engage dans de féroces  batailles.

Le désordre est total dans la pièce, tout est dispersé… Heureusement le vestibule qui leur a été attribué est très grand.
Vers 4 heures, Pierre arrête de jouer et déclare

« il  faut que je rentre chez moi !

Jean est très étonné
- pourquoi ?

- Ma mère me l’a dit
- tu vas m’aider à ranger tout ça ?
- j’ai pas le temps
- et comment je vais faire, moi ? ma mère va m’engueuler !... »
Pierre hausse les épaules

Jean est fou de rage.
La querelle s’envenime sérieusement
On en vient vite aux insultes.

(je ne me rappelle ni  l’étendue ni la violence  de notre vocabulaire à cette époque ; aujourd’hui, on le trouverait certainement bien mièvre. Les enfants ont fait beaucoup de progrès…)

Puis ce sont les  menaces…
Pierre descend les escaliers en courant, furieux.
Jean  ouvre la fenêtre et ses cris poursuivent le fuyard,  ameutant le quartier.
Il commence à ranger les jouets en pleurant.
Sa mère en colère devant le désordre lui demande bien sûr des explications puis essaie de le consoler.
On frappe à la porte.
Pierre et sa mère !
La tête basse, le garçon murmure quelques mots à peine audibles.
La maman précise : « il est arrivé en larmes à la maison.
Il m’a tout avoué
Je l’avais averti qu’il ne pouvait pas rester chez vous cet après-midi car j’avais besoin de lui. Il a oublié de vous le dire mais ça n’excuse pas son comportement… »

Un sourire plein de sous-entendus des mères…
Elles s’attaquent aussitôt au rangement de la pièce.
Les deux enfants se jettent dans les bras l’un de l’autre…

une histoire sans intérêt
je la vois comme dans un rêve
mais est-ce bien la vérité
peu importe puisqu’elle s’achève
sur le pardon et l’amitié

 

 

jean-marie


www.passage1.com

 

L'article a été publié par son auteur à l'adresse suivante :

http://www.passage1.com/article-querelle-d-enfants-76159642.html

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 13:17

Je t’ème, moi non plus…

( 24 images / seconde )

 

 

 

On sortait du catéchisme.

Il avait laissé son vélo dans le fossé.

 

Il était arrivé tout doucement

par derrière,

il avait fait le signe de croix

impeccable

et

il avait dit en effleurant mon tablier :

 

« Pénéloop,

c’est pas un scoop,

par Belzébuth,

    je crois que je vous ème… »

 

tout en me chipant

de la manière la plus éhontée

  mes deux boîtes de cachous…

 

 

Moi,

je trouvais ces façons un peu cavalières,

alors,

du tac au tac,

 j’avais répondu :

 

« Jean-Baptiste,

par la douce Vierge Marie,

  moi non plus ! »

 

tout en dégonflant

discrètement

  la chaîne de son vélo…

 

 

Il a dû en prendre quelqu’ombrage

car il a joué aussitôt

Le Grand Sommeil.

 

 

Moi, j’ai pris

 Sept ans de réflexion

et

 j’ai finalement susurré

 ( tout en me faisant mon petit cinéma )

 

 

«  Allez,

    Embrasse-moi, idiot ! »

 

 

 

Pénélope Estrella-Paz

 

L’Orée des peut-être

 http://aloreedespeutetre.over-blog.com

 

 

 

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 13:04

 

Jeudi de pluie

 

La poussière le fait éternuer. C’est bien fait, il n’avait pas besoin de me tirer les cheveux. Mes jolies tresses blondes sont décoiffées et maman ne va pas être contente. Mes joues ont rosi de colère quand il s’est approché de moi et m’a crié dans les oreilles avec sa vieille trompette.

 

Décidemment il est insupportable ce garçon en culottes courtes et aux jambes comme des flutes. Il m’agace mais je dois bien le supporter puisque je partage la plupart de mon temps avec lui. Je ne dis à personne que c’est mon frère et surtout pas à mon amoureux. Ce n’est pas toujours comme ça, d’habitude on joue bien ensemble et il me fait rire. Surtout quand il fait le pitre en défilant, raide, les bras le long du corps, dans un uniforme rapiécé mais aujourd’hui, et je ne sais pas si c’est la pluie qui le met de mauvaise humeur, il me cherche noise depuis le matin. Il a commencé par piétiner ma dinette puis a écrit de méchantes à la craie sur le tableau noir. Tout le monde a pu lire que j’étais une pimbêche dans ma robe en soie, que j’étais capricieuse et égoïste, toujours à me regarder dans les miroirs, et surtout que je ne m’intéressais plus à lui depuis que j’avais rencontré un idiot aux yeux bruns qui se déplaçait comme un ours. C’est je crois que c’est cela qui m’a le plus vexée : qu’il révèle aux autres mon amour secret et qu’il se moque de lui.

 

Je lui fais la tête. Et hou, je ne suis pas belle quand mes prunelles se chargent de colère, puis de larmes. Il sent qu’il est allé trop loin et veut se faire pardonner. D’un geste maladroit m’offre une bille, la plus belle de son sac à malices. Je boude, je fais la lippe comme il dit. Il veut me couvrir de cadeaux. Une nouvelle robe, cousue par ses mains maladroites, des peignes incrustés de la nacre rosée des coquillages, le plus joli carré de ciel bleu prisonnier de la lucarne. Des colliers de fleurs ramenées d’odorants voyages. Tant de gentillesse me fait fondre. Je sais bien qu’il n’est pas méchant, juste moqueur mais comme toutes les filles qui se respectent, j’hésite à lui pardonner, je me fais un peu prier. Voyant qu’il s’effondre, désarticulé dans un coin, je me lève et dépose un baiser sur sa joue fraîche. Nous sommes de nouveaux unis comme les doigts de la main et tant pis pour mon amoureux (c’est vrai qu’il ressemble à un ours) !

 

Le soir s’étire et les ombres chuchotent. Pour faire face à la nuit, nous nous serrons l’un contre l’autre avant de refermer sur nous, le couvercle du coffre à jouets.

 

 

Claudie

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 12:49

 

Réconciliation



Nous étions deux amies, deux gamines de la campagne,

 

arrivées comme un cheveu sur la soupe au collège de la ville.

Les autres se connaissaient toutes, depuis la maternelle,

avaient des souvenirs communs, pas nous.

Cela nous rapprocha définitivement.

 

 

Nous mettions du coeur à l'ouvrage, nous étions

assidues et voulions les meilleures notes.

Sans flagornerie, je la devançais, j'avais quelques atouts

supplémentaires, notamment une excellente mémoire.

 

 

A cette époque, nos trimestres étaient ponctués par des "compositions"

et nous planchions dans toutes les matières,

sur des devoirs révisés, parfois à la lumière

d'une petite lampe de poche dans le dortoir!

 

 

Ce jour-là, Isabelle eut un trou de mémoire qui l'affola,

je le vis dans ses yeux,

et je lui laissai regarder la réponse qui lui manquait.

A l'issue des examens, il s'avéra que mon amie , deci, delà,

avait glané quelques points supplémentaires, et me devançait.

 

 

Orgueilleuse que j'étais, toujours habituée à être la première,

je lui en voulus terriblement, et m'en voulus aussi de l'avoir aidée.

Isabelle était mortifiée, et lorqu'elle vint me voir,

je lui tournai le dos.

 

C'était le dernier trimestre, nous nous quittâmes fâchées

et partîmes en vacances chacune de notre côté.

Je ne sais quoi, de ma deuxième place ou de notre fâcherie,

me perturba le plus.

Je m'en ouvris à ma grand-mère, gardienne de mes après-midi

et nous discutâmes longuement..

 

 

La rentrée arriva, sans que j'aie revu Isabelle.

Je l'aperçus dans la cour, plantée seule près d'un platane.

Le fruit de mes réflexions, et la contrariété qui se lisait sur son minois

eurent raison de mes dernières réticences.

Je traversai la cour, sans m'attarder près des copines qui me saluaient,

et m'avançai vers elle. Je la pris par l'épaule, l'embrassai et lui dis:

-"cela n'a pas d'importance, nous sommes amies et puis c'est tout"

Des larmes de joie brillaient dans ses yeux,

elle tenta de dire un mot,

mais je l'entourai de mes deux bras bien serrés,

lui disant: "tais-toi, on n'en parle plus"

et je reniflai moi-même innocemment,

plus émue que je ne l'aurais pensé.

 

 

Isabelle a quitté la France quelques années plus tard,

mais nous sommes toujours en contact,

et cette épreuve surmontée est un ciment supplémentaire.

 

 

ANNETTE

06/11/2011

(non autobiographique)



L'article paraîtra chez son auteur le 11 juin.

Partager cet article
Repost0
7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 05:44

 

Un petit rien

 

Ce n’était rien qu’un petit rien.

Un sourire coquin d’un petit gars malin.

Pour une couette, en houppette, sur sa petite tête.

Narquois, Il sourit et partit, avec une autre petite amie.

 

Ce n’était rien qu’un petit rien.

Une simple chose de la vie

Qui soudain vous assombrit.

Elle s’enferma dans sa coquille, drôle de petite fille.

 

Ce n’était rien qu’un petit rien qui provoqua un gros chagrin.

Les petits gars ne se souviennent pas de leurs faux pas.

Le lendemain ouvrant les bras, il se précipita et l’embrassa.

Que croyez-vous qu’il arriva : elle pardonna !

 

ABC

 

http://detente-en-poesie.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0
7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 05:34

 

Réconciliation

 

Elle, offensée, rejetée

Moi, chérie, préférée

 

Entre nous

Malgré nous

Distanciation

Séparation

 

Puis, un jour

Un pas… un autre

L'une vers l'autre

Un écrit

Une réponse

 

Un bout de chemin

Une rencontre

Une main tendue

Une main retenue

La sienne

La mienne

 

Émotions

Soulagement

Apaisement

Réconciliation.

 

Blj73

Partager cet article
Repost0
6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 09:18

 

Le baiser de l'Elfe

 

Lorsque ma maman, me lisait ces jolis contes peuplés de fées et d’Elfes, afin que je m’endorme, je sombrais dans le sommeil sourire aux lèvres, pensa Pierre, car j’étais sûr que celui-ci m’emporterait vers ces fabuleux pays. Cela m'arrivait très souvent et je me souviens qu’au matin, j’étais heureux. Puis lorsque j’ai grandi, maman ne m’a plus raconté d’histoires, je m’endormais comme un grand bien sûr, mais hélas, je ne suis jamais plus retourné au pays des fées et des Elfes et lorsque j’ai posé la question à maman, elle m’a répondu :

 

- Mon Chéri, ce pays là, n’existe que pour les tout petits, tu n’y a plus accès à présent et tu ne peux plus voir ni fées, ni Elfes comme autrefois !

 

Je n’ai rien dit, mais j’eus beaucoup de peine, car dans les mots de ma maman, j’ai bien senti que l’on ne voit que ce à quoi l’on croit, et que seul les enfants croient aux contes de fée. J’étais trop grand alors et ne faisais plus partie de leur monde.

 

Pierre pensait à cela tout en se promenant dans ce bois, son lieu de prédilection ce bois qu’il aimant tant, dont il connaissait toutes les essences, toutes les senteurs, et jusqu'à la moindre sente. Soudain au détour d’un chemin il aperçut une fillette. Aussitôt qu’elle le vit, elle prit la fuite, mais comme le garçonnet connaissait ce bois comme le fond de sa poche, il n’eut aucun mal en contournant les fourrés à retrouver sans qu’elle puisse s’en rendre compte, la fillette. Sans ambages il lui dit alors :

 

- Dis donc, comme t’es belle, je n’ai jamais vu de fillette aussi jolie !

 

- C’est peut être parce que je ne suis pas une fillette tiens !

 

- Ah tu veux dire que t’es un gars ?

 

- Mais non que t’es bête, regarde-moi bien ! Rien ne te semble étrange en moi ou du moins surprenant ?

 

- Ta couronne de feuilles posée sur ta tête, mais c’est rudement joli tu sais !

 

- Ah les garçons tous les mêmes, Regarde mieux !

 

- Oh tu as des ailes ! J'ai trouvé tu es déguisée et c’est pourquoi bien sûr tu me dis ne pas être une fille, tu es un Elfe !

 

- Eh bien dis donc, tu en as mis du temps pour comprendre, seulement vois-tu, si je suis bien un Elfe, je ne suis pas pour autant déguisé !

 

-Mais alors je ne comprends plus rien...

 

-Je suis Un Elfe ! Point barre.

 

-Tu veux dire un Elfe ! .... Un vrai Elfe ? Mais ça n’existe pas ! Tous les grands savent bien ça !

 

Et l’Elfe, puisque c’était véritablement un Elfe, piqué au vif, se mit à voleter au dessus du garçonnet pour revenir se poser dans un bruissement d’ailes juste devant lui. Le petit garçon resta bouché bée, ne sachant que dire, mais dès qu’il fut revenu de sa surprise, il fouilla dans ses poches et dans tout ce qu’elles pouvaient contenir et il en sortit une petite pelote de ficelle. Promptement il se saisit du petit Génie et lui inséra les mains dans un nœud coulant qu’il serra fort et dont il enroula l’autre extrémité autour de sa propre main.

 

- Mais que fais-tu ? Dis celui-ci

 

- Ben je t’attache parbleu ! Je vais te ramener au village, pour que tout le monde voie comme moi, que les Elfes existent réellement.

 

-Oh Non ! Je t’en supplie, surtout ne fais pas cela, je serais banni à jamais du royaume de la Reine Liliane et si je ne peux rejoindre mon peuple je mourrai !

 

L’enfant perplexe soliloqua.

Si je l’emmène avec moi, je deviendrai célèbre, tout le monde me respectera, je deviendrai illustre même. Je serais celui qui a capturé un Elfe.

Mais d’un autre côté, cette jolie créature innocente sera à jamais perdue dans le monde des humains et de plus, elle mourra par ma faute.

Suis-je un si méchant garçon, pour faire le malheur d’un Elfe et y trouver satisfaction ? Ne sont-ce pas eux, qui ont peuplé mes rêves d’enfants et avec lesquels j’ai passé de si belles heures ?

Ce temps de réflexion parut une éternité au petit Génie prisonnier, bien que l’éternité pour un génie ne soit que très relative.

 

Le garçon tira sur la ficelle, le petit Elfe se retrouva tout contre lui, alors délicatement, il desserra le nœud, libéra les petites mains délicates et se confondit en excuses pour avoir osé faire une telle chose.

 

-Va petit Génie Va ! Lui dit Pierre. Continue à faire rêver des générations d’enfants !

 

Le petit Elfe esquissa un sourire de remerciement et lui dit :

 

- Pierre ! Tu as un grand cœur. Je te remercie d’avoir changé d’avis et de m'avoir libéré.

 

- Mais comment connais-tu mon nom ? Demanda Pierre surpris.

 

- Parce que je connais tout de toit Pierre ! Je sais que tu es un bon garçon ! Je suis navré de t’avoir joué ce tour, mais dès le début, je contrôlais la situation. Je savais à quel point les Fées et les Elfes ont marqué ton enfance et j’ai voulu savoir, si tu saurais résister à la tentation de pouvoir en capturer un. Je ne m’étais pas trompé sur ton compte, tu es vraiment un très bon garçon et je t’aime beaucoup.

 

Sur ses paroles, l’Elfe le prit dans ses bras et déposa sur son menton le baiser de la réconciliation.

 

- D’ailleurs ! lui dit-il. Avant que de m’envoler vers d’autres contrées, regarde entre nos visages, vois ! J'ai donné à une feuille de cet arbre la forme d’un cœur et chaque année, au printemps, ce cœur reverdira pour toujours t’indiquer, si un jour il en était besoin, l’endroit où nous nous sommes rencontrés et pour te dire, que cette fois là, tu n'avais pas rêvé.

 

 

Dominique

 

http://antidotes.over-blog.com/

 

Le texte a été publié chez son auteur à l'adresse suivante :

http://antidotes.over-blog.com/article-la-reconciliation-le-baiser-75582289.html

Partager cet article
Repost0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 21:20

J’Ai un charmant vis-à-vis

 

J’Ai un charmant vis-à-vis

De chez moi j’ai vue sur tout

Sur mes voisins et leur toutou

Des inconnus ou des amis

 

J’ai un vis-à-vis sur l’envie

J’observe celles que je ne suis pas

Leurs aventures et leurs émois

Mais elles non plus ne sont pas moi

 

Quand je m’ennuie j’éteins chez moi

Je n’allume pas la télé

Mains sur vos scènes et vos ébats

J’invente des dialogues enflammés

De sa fenêtre un homme me vise

Avis au mateur sans reproche

Dans mon cœur la place est d’jà prise

 

Car du dernier vue sur les toits

J’ai une charmante vue sur chez toi

Mais je n’veux surtout pas qu’tu croies

Qu’c’est pour ça qu’j’ai des vues sur toi

 

J’ai une très longue vue sur l’amour

Mais de si loin qu’il est amer

De ne pas être vue en retour

Et c’est comme ça qu’l’élan se perd

 

Alors vise un p’tit peu ma vie

Vissée à ma fenêtre la nuit

A mon avis c’n’est pas ainsi

Qu’j’aurais mon visa pour la vie

 

Mais personne n’a ce vice à vie

Un jour je déménagerai

Un terrain vague je choisirai

Sans doute comme unique vis-à-vis

 

 

Violette

http://violetteetbournabelle.over-blog.com/

 

Le texte a été publié chez son auteur à l'adresse suivante :

http://violetteetbournabelle.over-blog.com/article-travaux-communautaires-j-ai-un-charmant-vis-a-vis-75101476.html

Partager cet article
Repost0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 21:12

 

Échanges

(Écouter/ être écoutée)

 

 

J'écoute

J'écoute mon amie

J'écoute sa vie

Son existence

J'écoute ses mots

Ses silences

J'écoute sa souffrance

Je l'accueille sans distance

Je ne dis mot

En silence

Je pense

Merci

Merci pour cette confiance.

 

J'hésite

Elle insiste

Je me lance

J'évoque mes maux

J'apprécie sa patience

Son écoute, sa présence

Elle me donne confiance

Je la remercie

En silence

Je pense

Quelle chance

Ces échanges

Cette connivence.

 

Blj73

Partager cet article
Repost0

Nous

  • : Le blog d' azacamopol
  • : Le blog a été ouvert le 24 janvier 2008. Jusqu'au 1 mars 2017, Azalaïs, Lilousoleil, Polly et Quichottine vous y ont proposé des jeux d'écriture en toute simplicité.
  • Contact

Bienvenue

L'inspiration de Fragonard

La consigne a retrouvé sa place dans les pages, module de droite.

 

Avez-vous pensé à offrir un petit texte de présentation à la Petite Fabrique d'écriture afin de figurer dans liste de ses membres ?

Rechercher

Important

Important !

 

Depuis le 1er mars 2017, les nouvelles publications sont effectuées sur notre nouveau blog.

Le nouveau blog a été supprimé le 19 août 2020 sans sauvegarde, j'en suis désolée.

Si vous désirez que les texte parus sur Wordpress soient de nouveau publiés ici, vous pouvez me les envoyer à l'adresse habituelle.

Merci !

 

Nos "annales" continueront à être publiées sur ce blog, à raison d'une publication par mois.

 

Merci.

Archives

Jouer avec les mots


Vous avez envie de vous amuser avec les mots ?
Vous aimez écrire à partir de jeux, de thèmes, d'images et
vous n'osez pas vous lancer ?
La Petite Fabrique d'Ecriture vous convie à ce un moment de détente.
En toute simplicité, venez jouer avec les mots selon
une consigne donnée, à laquelle vous participez ou non selon votre envie
et votre inspiration.
Rien n'est obligatoire sinon s'amuser.