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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 09:40

 

Se fondre l'âme

 

C'est une énième dispute... Il part en claquant la porte, les enfants dorment, il est 23 heures trente...

 

Je tremble, où peut -il aller à cette heure, à pied, dans la nuit ?

 

sors à distance... pour le suivre, je suis pieds nus dans mes chaussettes, j'ai omis de me chausser, je le suis...

 

La nuit retient une lune montante, grâce aux chaussettes que je bénis, je ne fais pas de bruit et me fond dans le paysage, sur le bord de la route : ne pas faire de bruit, ni d 'ombre, ni tousser, ni se racler la gorge... Il marche vite !

 

Une voiture passe ; je m'écarte dans le fossé, n'être vue de personne, être absorbée par la nuit qui me semble aimable et familière, je suis si triste qu'elle me fait comme un manteau étoilé sur les épaules... Les arbres cachent mes pas dans l'herbe humide, et les vaches du champ entrevu dans la pénombre ne bronchent pas. Tout sur mon passage sait bien que, seul, le silence, devenu ami voluptueux après quelques kilomètres, est mon seul partenaire à cette heure avancée de la nuit... Une chouette passe rapidement juste au moment où je trébuche pour protéger de l'écho de ce bruit involontaire, feutrant d'un coup d'ailes un petit essoufflement...

 

Je le vois au loin : garder la distance et l'avoir toujours en vue, je ne sais même pas où je suis, dans ma précipitation, je ne sais quelle route on a pris, je me hâte, égarée et précise dans les pas, pour garder le rythme, comme un animal effarouché... Je suis un lapin de garenne, non, je suis n'importe quel animal dans la nuit qui fuit, cherche une proie ou suit sa mère, je suis la nuit, tout est ténèbres en moi, je ne vois plus rien, que des contours vagues qui ne me font plus penser à du réel, où est le réel ?

 

Je marche dans la nuit sans heure (sans heurt) et je ne sais où je vais, juste le suivre... Les nuages aussi me suivent... savent-ils où ils vont, poussés par le vent. Je suis un nuage dans la nuit, devenue légère comme eux, comme elle, là, avancer ne sert à rien, toujours la route, toujours la nuit, toujours le vent et lui... devant... qui ne sait pas qu'il marche avec moi, la nuit, je suis la nuit avec lui...

 

Ça lui apprendra de m'abandonner avec les enfants... les enfants....

 

Ils sont tout seuls, mon Dieu, qu'ai je fait ? Je rebrousse chemin pour aller à la maison... je reconnais tout, je cours comme le vent, comme les nuages comme les oiseaux de nuit, je m'essouffle, je n'ai plus peur d'être bruit, comme un aboiement au loin, je suis cet aboiement, fidèle, j'aboie au danger, je cours... et la nuit avec sa demie-lune s'écarte à mon passage, plus claire que tout à l'heure, elle sait que j'ai besoin de voir, la lune qui sort de derrière le nuage ! Je cours et j'arrive à la maison... ma petite dernière pleure, elle est fièvreuse... ouf! je suis là ,seule avec mes petiotes ... quelle nuit !

 

marie henriette

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Published by azacamopol - dans 2011
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commentaires

Adamante 13/02/2011 22:33


La nuit avec son manteau d'étoile a su calmer le feu et faire retrouver le chemin de la tendresse. Cordialement.


l'oeil qui court 08/02/2011 17:31


Terrible réalité d'une mère quand le couple ne repose pas sur la responsabilité partagée.


jean-marie 08/02/2011 17:07


un récit très beau
poétique et plein d'émotion


Dan Rodgerson 07/02/2011 18:11


C'est poignant ! Et en disant cela il n'y a pas grand chose à dire de plus.


juligou.reherch-spi-et-psy.over-blog.com 07/02/2011 05:35


Bien rendu ! et nous met très bien en situation bravo !!!


Blj73 04/02/2011 20:00


Très beau texte... Avec la complicité de la nature tant au début qu a la fin du texte... Et le revirement de situation...


ABC 04/02/2011 13:55


Quand la nuit se fait noire pour mieux cacher présence et angoisse,
Quand la lune se fait compagne pour mieux retrouver le chemin,
Quand les bras s'ouvrent pour ne laisser place qu'à la tendresse maternelle !


Catheau 04/02/2011 12:09


Et Lui semble aussi s'être fondu dans la nuit... On souhaiterait que cela ne soit qu'une angoisse suscitée par les ombres nocturnes.


Bab 04/02/2011 11:32


C'est très beau et très triste et si bien rendu. Devenir la nuit à l'intérieur et à l'extérieur.
Souvenir, souvenir... "A pas peur rarho", c'est fini tout ça.


manu 04/02/2011 10:39


le début me fait penser à une histoire qu'on me racontait petite et dont les dessins m'ont sauté au visage en lisant ton texte . cela s'appelait le chat lune, l'histoire d'un chat qui joue avec la
lune .Ne me demande pas pourquoi cette association d'idée.Le reste du texte et malgré les jeux de mots décris bien la détresse et la solitude . Ces instant où on part droit devant sans penser à
rien et puis tout d'un coup on a conscience de ce que l'on vient de faire . oui j'ai bien aimer ton texte ,il décrit bien la situation. bonne journée .
manu


Quichottine pour Azacamopol 04/02/2011 09:57


Merci pour ce texte.

J'ai personnellement beaucoup aimé cette poursuite dans la nuit... jusqu'à devenir la nuit.

Le sujet est très émouvant.
J'espère que ce n'est qu'une fiction.

...


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