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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 09:51

 

Réconciliation

Partie 1 : L’invité.

 

Juliette n’avait que onze ans. Et pourtant…

 

Son petit côté « garçon manqué » ne salissait en rien sa beauté.  Bien au contraire.

Elle aimait la poésie. Elle aimait le chant aussi. Elle était rêveuse, un peu sauvage, et passait des heures au bord du ruisseau à observer les couleurs, les oiseaux, et à s’imprégner du son délicat de l’eau.

 

« Juliette, nous passons à table ! Laves-toi les mains et salues notre invité ! », entendit-elle hurler par une voix agacée, au loin.

 

Elle salua l’homme qui se tenait devant elle. Cet homme-là, elle ne l’aimait pas beaucoup. Il n’y avait aucune raison pourtant, aucune! Mais elle le trouvait très étrange. Ses grands yeux noirs et son teint pâle  lui donnaient  un air surprenant. Son sourire était faux. Tout cela ne lui inspirait rien de bon.

 

« C’est fou ce que cette gamine peut être souillée ! Je ne sais pas ce qu’il faut dire ou faire pour qu’elle se comporte enfin comme une vraie petite fille » ajouta sa pauvre mère, s’adressant à l’homme qui ne cessait d’afficher ce sourire insupportable.

« Ce n’est qu’une enfant, Sybille. Ce n’est qu’une enfant… »,  se serait empressé de contredire son père, s’il avait encore été de ce monde.

 

Son père, Juliette l’aimait plus que tout au monde. Elle l’admirait même. Il était grand, et son élégance naturelle se passait bien de toutes superficialités. Contrairement à sa mère, il ne s’attachait pas aux choses matérielles et n’avait que faire du jugement des autres. Il était sécurisant, aimant, mais surtout mort depuis déjà deux ans.

 

« Juliette, je te présente Antoine. Il va dîner avec nous et il passera quelques jours ici, cet été avec son fils, Paul »,  dit-elle.  Seule, Sybille semblait enjouée à l’idée d’accueillir cet invité.

 

« Alors c’est vous, Antoine. J’ai beaucoup entendu  parler de vous », annonça Agnès, la tante de Juliette qui posait sa tasse de thé dans l’évier et s’apprêtait à partir. «  Je… je vous imaginais autrement ! ».

 

 On sentait une pointe de moquerie dans ces paroles. Il est vrai qu’Antoine était plutôt bel homme. Et beaucoup plus apprêté que nécessaire en une si modeste demeure.

Son costard jurait vraiment avec le décor. Il avait l’air presque ridicule accoutré de la sorte. Et ses chaussures si joliment vernies, n’allait sans doute pas briller longtemps. La pluie, la terre, la boue, le smoking. Tout cela n’allait vraiment pas ensemble.

 

Juliette se retint de rire. Une fois Agnès partie, une ambiance morose s’installa à table, ce qui était assez rare. 

 

Cet homme avait l’air de détester l’endroit où il se trouvait. Il ne cessait de sourire. Un sourire qui devint gêné, dégoûté, voire hostile. Il avait sans doute l’habitude des grands restaurants gastronomiques. Si peu de couverts, et si peu de présentation dans l’assiette, semblait l’embarrasser terriblement. Il mangea par dépit et refusa même de prendre le dessert.

 

Il faut dire que Sybille n’était pas aussi douée en cuisine qu’elle ne l’était pour dégoter des types dans le genre. Une dizaine de minutes de cuisson en plus auraient sûrement été les bienvenues. Pauvre gâteau.  Pauvre invité. Pauvre Juliette.

 

Partie 2 : L’amitié

 

                Juliette aimait l’école. Enfin, elle aimait s’instruire, découvrir tout un tas de « choses » diverses. Concernant la nature, la planète, le système solaire ; ou encore « les histoires du passé, celles qui nous permettent de comprendre le présent ». Elle appréciait les professeurs. Elle les admirait.

 

Elle ne savait pas ce qu’elle voulait « faire plus tard ». Elle voulait apprendre tellement, et aimait tellement de « trucs ». (Oui, parce que c’est un peu comme ça qu’elle causait la petite !)

Tout l’intéressait. Ou à peu près tout.

Elle avait toujours de bons résultats à l’école. Elle savait au fond d’elle, que son envie si prononcée de s’enivrer de connaissances aussi variées, était en fait : une échappatoire. Elle savait aussi de quoi elle voulait s’échapper. La mort de son père y était évidemment pour quelque chose. Mais pas seulement.

 

La façon dont sa mère l’ignorait souvent. Sa manière de toujours exalter ses défauts en public.

Elle se rendait compte que la seule chose qu’elle ignorait et qu’elle ne saurait probablement jamais, résidait en Sybille. Sa propre mère, sa petite et stricte  « maman », la personne qui l’a vu naître, semblait la haïr. Et elle ignorait pourquoi.  « C’est vrai, pourquoi ? ».

 

Juliette ne s’ennuyait jamais. Elle avait peu d’amis. A moins que l’on puisse considérer un livre comme un ami. Il y avait Bilbo, un énorme chien des montagnes, gentil, peu joueur, et le plus fidèle de tous. Puis, il y avait Arthur, son voisin, qui vivait dans la petite ferme à trois maisons de celle de Sybille et Juliette. Ils avaient fréquenté la même école primaire, et avait beaucoup de points communs. Ils aimaient tous les deux le bruit de l’eau. Et ils ne parlaient à personne au collège. Ils n’étaient pas dans le même groupe. Juliette était en classe de sixième, tout fraîchement sortie de l’école primaire. Arthur, lui, était en classe de cinquième. Il a « sauté une des petites classes ». Il savait déjà couper des formes, les coller, compter jusqu’à dix, et épeler « A.R.T.H.U.R » avant même d’avoir appris l’alphabet. Encore un point commun : il n’avait pas eu une enfance facile non plus, et là on lui demandait d’être capable d’ « agir en adulte ». 

« - Tu veux être brillant ? Alors agis en conséquence ! », le menaçait son grand-père, sans cesse. Il n’avait  « pas de bol » non plus ce gamin-là !

Mais finalement, ils s’étaient  bien trouvé tous les deux. Ils se parlaient beaucoup. Ils s’aimaient beaucoup. Comme des frères et sœurs.

 

 

Partie 3 : Lui. L’anonyme.

 

C’est vrai qu’elle n’avait pas beaucoup d’amis, Juliette. Elle ne détestait personne mais elle aimait être seule et elle était très discrète. Elle n’ignorait pas un camarade s’il la saluait. Mais, elle n’était pas très à l’aise pour communiquer. Elle préférait échanger. Et peu de camarades étaient réellement intéressés pour ce genre de discussions. Elle aimait les garçons pour leur simplicité et leur solidarité. Elle trouvait certaines filles idiotes. Mais elle acceptait tout le monde avec beaucoup de sagesse.

 

Bilbo semblait vouloir sortir. Il n’avait pas tort. Le soleil illuminait la chambre de Juliette. A travers la fenêtre entre-ouverte, on aurait cru entendre les oiseaux murmurer : « - Mademoiselle Juliette. Monsieur Bilbo». L’appel de la nature sans doute. Elle aimait penser qu’elle était capable de communiquer avec les arbres. Elle pouvait bien aimer croire aussi qu’elle pouvait entendre les oiseaux la réclamer. Bilbo la comprenait, pourquoi pas eux ?

 

Elle décida donc d’écouter les oiseaux et de faire confiance à son fidèle ami. Elle traversa le salon à la recherche de sa paire de bottes. Elle mit un certain temps à retrouver les deux bottes. Comme à son habitude, Sybille qui n’était pas très maniaque, avait mis sans dessus-dessous toute la pièce, sans doute afin de retrouver quelque chose dont elle avait absolument besoin et qu’elle soupçonnait Juliette d’avoir dérobé, avant de découvrir qu’elle l’avait en fait, elle-même, rangé dans un endroit tout à fait insolite. Tout comme cette nuit où elle s’était échappée à Paris, laissant Juliette en compagnie de Bilbo. Elle aurait juré avoir rangé son rouge à lèvres d’un rouge ultra glamour dans le tiroir de sa commode et le retrouva finalement dans la cuisine, dans l’immense pot qui servait à la fois de tirelire, d’armoire à clés et de fourre-tout.

 

Dehors, le soleil était encore plus éclatant. Juliette aurait aimé sourire. Elle pensa à Arthur, et avança machinalement sur le chemin qui menait à l’endroit où il vivait. Elle sonna donc à sa porte et l’invita à se joindre à elle. Il salua Bilbo et enfila ses tennis.

 

« - Où va-t-on ? », demanda-t-il.

« - C’est drôle, j’allais te poser la même question. »

« - On peut aller au ciné. Il y a un film qui a l’air sympa en ce moment. Ca changerait. On traîne tout le temps au ruisseau. »

Bilbo le regarda d’un mauvaise œil.

« -Ok, j’ai compris, gloussa Arthur. Désolée, Ju . Je pensais plus à ton chien »

« - C’est pas grave, il n’en tiendra pas compte. »

Bilbo ne semblait pas être d’accord avec sa maîtresse mais oublia rapidement l’incident.

« - Mais ça ne nous dit pas où on va ? », reprit-elle.

« - Au ruisseau ? »

« - Non, tu as raison. Il faut qu’on change un peu. Mais je n’ai plus d’argent de poche et avec Bilbo, on peut pas prendre le bus, alors je propose qu’on avance et qu’on suive notre instinct. Je suis sûre qu’on peut trouver des endroits charmants aux alentours. »

« Ca me va! », acquiesça-t-il.

 

Ils se mirent à courir « comme des gamins ».  Ils étaient des gamins. Des enfants. Des « mioches » qui ne voulaient pas en être. Mais ils restaient avant tout des gosses.

Bilbo ne s’en plaignait pas. Mais il fatiguait vite. Il n‘était pas tout jeune. Pauvre vieux.

Juliette s’arrêta donc une minute, Arthur la suivant de très près.  Bilbo tirait la langue et bavait un peu.  Trois kilomètres et ils étaient entré dans le village.

 

Juliette, se retourna pour s’asseoir sur le muret, la tête de Bilbo sur ses genoux. Et Arthur choisit de « se poser » par terre, les jambes croisées. Il avait une sale manie : regarder le sol et jeter de minuscules cailloux qui ne lui avaient rien fait derrière lui.

 

Un groupe de jeunes garçons passaient de l’autre côté de la rue. Juliette fut surprise. Il n’y avait jamais personne habituellement de ce côté-là du village. Elle reconnut le fils du boucher. Il était au collège, en cinquième, avec Arthur. Mais, ils ne s’appréciaient pas tellement.

Et pour cause, ce garçon était particulièrement fier et désagréable. Elle reconnut également un certain « Simon ». Elle ne connaissait à vrai dire que son prénom. Il n’était pas au collège, celui-là. Mais, ils étaient tout le temps ensemble. Il y avait aussi un grand type qui avait l’air beaucoup plus âgé. Sûrement le frère d’un entre eux. Et enfin, ce garçon.

 

Il n’était pas très grand, mais il était très mince. Ses cheveux bruns  décoiffés, son regard vert anis profond le rendait mystérieux. Il riait. Il était beau son sourire. Très beau. Tout comme lui. Mais qui était-il ? Juliette l’ignorait. Jusqu ‘à ce que cette bonne vieille commère de Mélissa surgisse de nulle part :

 

« - Salut les nazes ! bah, Juju ! Qu’est ce que tu mates comme ça ? »

« - Arrête d’être vulgaire. Ca ne te va pas du tout ! », répondit Juliette, sèchement.

« - Je ne suis pas vulgaire du tout, je parles comme les jeunes, sainte nitouche ! »

« - Faut croire qu’on a pas régler notre instinct sur la bonne fréquence », chuchota  Juliette.

Elle ironisa : « -Tiens, toi qui sait tout et qui ne sait pas tenir ta langue, tu sais qui c’est, le … comment vous dîtes, vous, les abrutis ?... le « Beau Gosse », là-bas ? »

« - Tu parles pas de Simon, là, j’espère ? »

« - Non, je parle du petit brun. » répondit la petite fille levant les yeux au ciel comme pour dire au ciel : « - Tu devais être vraiment crétin pour avoir inventé des personnages aussi stupides ! »

« Ah, le petit brun ! C’est un petit nouveau. Ché pas comment il s’appelle. » répondit Mélissa, visiblement pas convaincu que Juliette ait la même définition de « Beau Gosse » qu’elle.

« Tu, quoi ? », demanda Juliette.

« Je sais pas comment il s’apelle. Tu n’as qu’à aller lui demander lundi au collège. », dit-elle en partant. On aurait dit qu’elle était contente d’avoir obtenu un scoop. Tout le monde n’allait pas tarder à savoir que Juliette s’intéressait à ce garçon. Mais elle s’en fichait. Elle avait vraiment flashé dessus. Et elle était déterminée à en savoir plus.  Arthur, lui, était rouge écarlate.

 

« - Qu’est ce que t’as à rougir comme ça ? C’est Mélissa qui te fait cet effet ? », interrogea-t-elle, moqueuse.

« -Beh, beh… Pff, mais qu’est ce que tu vas chercher là ? ». Il s’interrompit puis reprit : « - Elle est jolie, c’est vrai. »

 

Partie 4 : La déception.

 

                Elle pensa à lui tout le week-end et se demanda comment elle allait s’y prendre pour l’aborder. Elle allait d’abord devoir le trouver parmi une foule d’élèves. Préparer ce qu’elle allait lui dire. Non. Elle se devait d’être la plus naturelle possible.

« - Mais, enfin, qu’est-ce qu’il m’arrive ? », se demanda-t-elle dans le bus, ce lundi matin-là. Arthur dormait à côté d’elle. Il ne remarqua même pas que Juliette était préoccupée. Elle ne le trouva pas ce jour-là, ni les jours qui suivirent.

 

La dernière journée avant les vacances d’été arriva. Et toujours rien. Ce soir-là, elle rentra à la maison, à la fois rêveuse et déprimée. Elle ne s’attendait absolument pas à ce qui l’attendait.

 

« -Surprise », cria Sybille. « - Regarde qui nous fait l’honneur de sa présence ? »

Juliette n’en croyait pas ses yeux.

Elle ajouta, heureuse : « - Tu ne te souviens pas d’Antoine, je m’en doutais. Tu ne changeras donc jamais. Toujours aussi dissipée ! Il nous a rendu visite au début du printemps. Il a déjeuné avec nous et je t’avais prévenu qu’il devait venir passer quelques jours avec nous. Il a un peu d’avance, mais c’est pour ça que je l’aime, mon petit Antoine ».

Elle le regardait avec un tel désir qu’on aurait pu croire qu’elle en était amoureuse. Il sourit. Et elle poursuivit :

« - Et il n’est pas seul ! Je te présente : Paul. Sois gentille et montre –lui le coin. Aide-le à s’intégrer. Nous allons être tellement heureux tous ensemble. Une vraie petite famille ! ».

Sybille était heureuse. Et Juliette avait le souffle coupé. Elle se sentit mal tout à coup.

 

Quand elle se réveilla. Elle était sur le canapé emmitouflée dans une vieille couverture  qui piquait affreusement. Elle cru d’abord avoir fait un mauvais rêve. Puis, elle entendit la voix de Sybille :

« - Chéri, c’est bon, elle est réveillée ! »

 

« -Chéri ? » 

 

Ce n’était pas un mauvais rêve.

 

Juliette avait complètement oublié l’invité mystérieux qui passait par là, quelques mois plus tôt. Elle avait également oublié qu’il devait revenir passer quelques jours accompagné de son fils. Et la réalité la bouleversa. Non seulement,  l’homme dont elle se méfiait tant à la première rencontre était l’amant de son ignoble mère, mais en plus, le garçon qui la hantait tant depuis trois semaines , « le petit nouveau », n’était personne d’autre que, Paul, le fils d’Antoine.

 

« - Pincez-moi, je rêve » pensa-t-elle. Juliette refusait d’y croire.

 

Antoine arriva dans la pièce où Juliette essayait de se remettre de ses émotions. Et Paul le suivait. Il était incroyablement beau. Il n’avait rien de son père, si ce n’est la peau pâle. Sauf que cela ne lui donnait pas  un air étrange mais mystérieux. Et ce n’était pas la même chose : « Ah, ça, non ! »

Antoine ne dit pas un mot. Il ressortit aussitôt de la pièce accompagné de Sybille. Sa mère était vraiment maladroite, elle le savait. Mais alors là, elle avait atteint des sommets !

Paul avança et dit : « -Salut ! C’est moi qui te fais cet effet, poupée ? Mais, tu rêves. Tu t’es vu ? On dirait que tu portes une serpillière. Et j’ai une copine, tu sais. ». Déception.

 

Partie 5 : Rien ne va plus.

 

                Comment savait-il ? Mélissa  était sans doute, une fois de plus, derrière tout ça.

Rien n’allait. Sa mère trompait son père avec un homme qu’elle détestait. Il ne parlait jamais de toute façon, et elle ne voyait vraiment pas ce que Sybille pouvait lui trouver. Son fils était aussi détestable que lui, mais elle ne pouvait s’empêcher de le trouver beau.

Son père était mort certes, mais elle n’avait pas le droit de lui faire ça. Elle ne pouvait pas aimer un autre homme et encore moins celui-là. Et elle n’avait pas le droit non plus d’annoncer les choses de cette manière. Juliette était une gamine assez forte mais là, c’en était trop !

 

Si Antoine ne parlait pas, Paul, lui, se faisait un malin plaisir d’humilier Juliette dès qu’il en avait l’occasion. Il ne se privait pas de la faire même devant Sybille et Antoine. Tout le monde semblait prendre tout cela avec humour. Sauf Juliette. Il ne cessait de lui rappeler à l’abri des regards qu’elle ne serait jamais sa petite amie et qu’elle ne serait jamais non plus sa sœur.

« - T’es pas assez bien pour être à la hauteur de ma famille. Mon père te déteste. Même ta mère peut pas te piffrer ! », disait-il, content d’avoir réussi à sortir une phrase si longue sans réfléchir.

 

Au début, Juliette opta pour l’indifférence. Paul ne méritait pas qu’on lui réponde. Elle allait devoir le supporter. Les vacances allaient être longues. Mais, les choses empireront à la rentrée. Il fallait qu’elle change de collège. Elle ne voyait pas d’autres solutions. Sybille n’allait jamais accepté. 

 

« Quelle merde ! »

 

Partie 6 : Courage !

 

                Quelle solution restait-il à Juliette ? Elle n’avait même plus envie d’apprendre quoi que ce soit de la vie. Elle l’avait trop déçue.

 

 Elle se désintéressa de tout, arrêta de se promener en compagnie de Bilbo et Arthur. Sa mère la punissait tout le temps, sans raisons valables. Elle ne pouvait plus sortir de toute façon. Elle se sentait séquestrée, étouffée, brimée. Elle se mit donc à écrire. Quelques poèmes au début, puis, elle écrivit de plus en plus. Elle écrivait ses sentiments pour Paul, sa rancœur pour sa mère, sa méfiance à l’encontre d’Antoine, son amour pour la nature, son amitié pour Bilbo et Arthur. Il lui manquait.

 

Bilbo était à présent son seul et unique ami. Il était le seul à l’écouter, à la consoler, à sa façon. Ses léchouilles humides ne la dégoutaient plus.  Il avait l’air triste lui aussi et grognait à chaque fois que Paul passait dans les parages. Bilbo n’aimait visiblement pas Paul. Il avait de la chance lui.

 

Juliette pensa à fuir. Mais où irait-elle ? Elle n’avait pas d’amis et il ne lui restait que sa mère. Bilbo était là, mais il n’avait pas de maison pour l’héberger et pas d’argent pour la nourrir. Et elle n’en avait pas non plus. Elle allait devoir attendre de grandir, et de pouvoir s’assumer. Rien que d’y penser, elle en avait des nausées. Elle n’avait que onze ans, ce qui laissait supposer qu’elle ne parviendrait pas à ces fins avant une petite dizaine d’années. Dix ans encore, à supporter les brimades de Paul. Dix ans, à voir Sybille s’épanouir  dans les bras d’un homme pathétique et muet. Dix ans de punitions incessantes et de moqueries à l’école. Sans parler des innombrables périodes de vacances scolaires qu’elle allait devoir affronter, enfermée dans sa chambre avec son chien et ses bouquins.

 

Et si sa mère se séparait d’Antoine ? L’idée était bonne. Mais, l’avis de Juliette ne comptait pas pour Sybille. Elle pourrait en parler à sa tante, Agnès. Peut-être qu’elle parviendrait à la ramener à la raison. Non. C’était absurde.

 

Juliette se dit que la vie était décidément très compliquée.  Elle se demandait si elle était si injuste avec tout le monde ou si elle ne s’acharnait que contre elle. Puis, elle pensa à ceux qui n’ont rien à manger et vivent dehors toute l’année. Et elle cessa aussitôt de broyer du noir.

 

« -Courage, tout va finir par s’arranger. », pensa-t-elle.

 

 

Partie 7 : La vie continue.

 

                Effectivement, la vie suivit son cours.

 

                Lorsque sa mère leva la punition, Juliette sut que c’était uniquement parce qu’elle avait prévu de partir quelques jours au bord de la mer avec son amant. Elle espérait que Paul les accompagnerait. Mais, malheureusement, lui aussi était contraint de rester à la maison. Elle allait devoir partager quatre longues journées seule avec lui. « Super ! »

 

Il avait l’air en colère, et content à la fois. Sans doute pensait-il à toutes les horreurs qu’il allait pouvoir lui dire et à toutes les humiliations qu’il pourrait faire subir à cette pauvre Juliette.

Elle avait l’habitude maintenant et se surprit à ne même plus s’en inquiéter. Elle pensa surtout à tout ce qu’elle allait pouvoir faire après leur départ. Elle allait revoir Arthur.

 

Les amoureux partirent deux jours plus tard, indifférents aux deux mines effarées des préadolescents qu’ils laissaient derrière eux. Juliette ne perdit pas de temps, et entraîna Bilbo sur le chemin de la maison d’Arthur. Elle n’avait jamais autant aimé l’emprunter qu’à ce jour.

 

« -Ah ! Une revenante ! J’ai cru que tu ne voulais plus me voir. », dit-il soulagé de la présence de son amie.

« - Voyons, bien sûr que non ! Si tu sais, la merde dans laquelle je suis ! »

« - Quoi ? Tu as des problèmes avec la justice ? Ta mère t’a envoyé dans une maison de redressement ? », dit-il amusé.

« - Hé ! Je rigole pas ! Elle a pas eu besoin de m’y envoyer ! La maison de redressement, c’est elle ! »

Elle riait jaune.

« - Nan ? Tu plaisantes ? »

« - Mais t’es bête ou quoi ? Tu vois ma tête ? J’ai jamais été aussi blanche en été. Je ne suis pas sorti depuis le début des vacances ! Je suis trop dissipée et blablabla ! Tu sais comment elle est ! »

« - Ah merde ! », lâcha-t-il, gêné.

« - C’est bon, fais pas cette tête ! Tu pouvais pas savoir ! Bon, parlons d’autres choses ! T’as trouvé un endroit sympa finalement ? Pour se ballader, je veux dire ! La dernière fois, on peut dire que notre instinct nous a joué des tours… », le rassura-t-elle .

 

Arthur suggéra de laisser Bilbo à la maison. Il avait apparemment quelque chose de très important à montrer à Juliette. Et cela nécessitait de prendre le bus.

 

« - Je sais que t’as pas une tune, dit-il, mais je paierais ton ticket »

« - Où t’as appris à parler comme ça toi ? »

« - Oh, je me suis fait quelques amis en ton absence ! », avoua t-il.

« - Toi ? Des amis ? »

« - Oui, mais on en parlera plus tard. Viens par là. On va rater le bus »

 

Elle le suivit,  intriguée. Qu’est ce qui pouvait bien être si important ?

Dans le bus, elle songea à ce qu’Arthur lui avait dit. Elle se demanda comment ce garçon si timide et si solitaire pouvait s’être fait des amis sur Paris. Car, c’était là qu’ils allaient et elle était presque sûre qu’il voulait les lui présenter.

Après tout, s’ils étaient ses amis, ils ne pouvaient être que sympathiques. Elle se détendit et s’assoupit.

 

 

 

Partie 8 : Solitude.

 

                « - C’est une blague ? Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? »

Juliette était en colère. Arthur était ami avec la personne qu’elle aimait et détestait le plus à la fois : Paul.

« - Ben quoi, c’est mon pote ! Pourquoi ? C’est quoi ton problème ? », dit-il, agacé. Elle lui fit signe de la suivre pour que Paul n’entende pas. Il était bien trop occupé à discuter avec les autres garçons de la bande de toute manière.

« - Il me mène la vie dure depuis le début de l’été. C’est… comment dire… Il vit chez moi. Ma mère fricote avec son père. Il est insupportable. Il faut que tu arrêtes de le fréquenter ! Crois-moi ! C’est un monstre ! »

Au même moment, elle jeta un coup d’œil vers Paul et pensa : « Mon Dieu, qu’il est beau ! »

« Non ! Non ! Il est affreux ! » se contredit-elle, toujours dans ses pensées.

 

« - Qu’est ce qui te prend, Ju ? Je te reconnais pas là. Il est super ce type !, dit Arthur, sûr de lui. Je croyais que tu le kiffais ? »

« - Mais puisque je te dis qu’il me fait vivre un enfer ! Je croyais que tu étais mon ami ! Si tu ne me crois pas, alors c’est toi qui as changé ! ».

Partie 8 : Solitude.

 

                « - C’est une blague ? Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? »

Juliette était en colère. Arthur était ami avec la personne qu’elle aimait et détestait le plus à la fois : Paul.

« - Ben quoi, c’est mon pote ! Pourquoi ? C’est quoi ton problème ? », dit-il, agacé. Elle lui fit signe de la suivre pour que Paul n’entende pas. Il était bien trop occupé à discuter avec les autres garçons de la bande de toute manière.

« - Il me mène la vie dure depuis le début de l’été. C’est… comment dire… Il vit chez moi. Ma mère fricote avec son père. Il est insupportable. Il faut que tu arrêtes de le fréquenter ! Crois-moi ! C’est un monstre ! »

Au même moment, elle jeta un coup d’œil vers Paul et pensa : « Mon Dieu, qu’il est beau ! »

« Non ! Non ! Il est affreux ! » se contredit-elle, toujours dans ses pensées.

 

« - Qu’est ce qui te prend, Ju ? Je te reconnais pas là. Il est super ce type ! », dit Arthur, sûr de lui.

« - Mais puisque je te dis qu’il me fait vivre un enfer ! Je croyais que tu étais mon ami ! Si tu ne me crois pas, alors c’est toi qui a changé ! ».

 

Il avait bel et bien changé. Il ne parlait plus comme avant. Il ne marchait plus comme avant. Son regard n’était plus le même. Il frimait comme les autres.

 

Juliette tourna les talons. Il se mit à pleuvoir. Elle s’abrita et attendit le bus pour rentrer.

 

Solitude.

 

 

Partie 9 : La clé.

 

                Qu’était-il arrivé à Arthur ? Juliette l’ignorait. Elle n’aurait jamais imaginé que son seul réel ami humain puisse changer à ce point en si peu de temps.

Deux semaines auront suffit. Deux semaines qu’elle aurait qualifiées de si longues, il y a quelques heures seulement. Elle les trouvait minuscules et insignifiantes maintenant.

 

Bilbo était content de retrouver sa maîtresse. Il sembla comprendre tout de suite ce qui était arrivé en la voyant. Il la suivait partout en gémissant comme s’il avait une patte cassée, et la couvrait de câlins.

« - Bilbo, tu es résolument mon seul ami. », dit-elle.

 

Plus déprimée que jamais, elle s’installa sur son lit et bouquina.

« - Si c’est ça la vie, vaut-elle vraiment la peine d’être vécu ? », pensait-elle. « Ce Paul est vraiment machiavélique. »

 

Elle ne savait même pas ce qu’elle lisait. Elle avait pris un livre au hasard. Son regard se porta sur la dernière page. Elle était différente des autres. On aurait dit qu’elle avait été rajoutée.  Sur cette page, on pouvait lire : « Il faut être malheureux pour être si méchant ». Elle reconnut l’écriture irrégulière de sa mère. Ca ne lui ressemblait pas pourtant. Sybille, aurait-elle des sentiments, finalement ? De qui parlait-elle ? Qui pouvait bien être malheureux ? Elle ? Personne d’autre, à part Paul, n’était vraiment méchant.

 

 « Mais, oui, c’était ça ! Bien sûr ! Elle est là, la solution ! ».

 

 

Juliette devait trouver ce qui pouvait bien rendre Paul si malheureux. Arthur avait peut-être raison. Il était sûrement génial ce « type ». Il était tout simplement malheureux.

 

Elle avait trouvé la clé.

 

 

Partie 10 : La Chute.

 

                Juliette n’arrivait pas à croire que sa mère qui la méprisait tant, l’avait aidé à sortir de cette situation pénible. Du moins, elle lui avait permis d’espérer pouvoir s’en sortir.  Si Sybille le savait, elle regretterait sûrement d’avoir écrit ces mots. Là où elle était, elle se fichait pas mal de le savoir. Elle était certainement en train de boire un cocktail avec son « Jules »,  et de faire « bronzette » sur la plage, affichant ses formes avantageuses, fièrement. Ou bien peut-être était-elle en train de manger un kebab, Antoine la suivant à contrecœur. Il n’y a pas de couverts, et il n’y a rien de très raffiné dans un kebab. Tout ce qu’il devait détester. Il devait beaucoup l’aimer, Sybille, pour accepter de mettre ses valeurs de bourgeois de côté. Il n’était peut-être pas si coincé et si fermé que Juliette le pensait.

 

Peut-être qu’elle s’était trompée sur toute la ligne, et qu’elle s’était elle-même créée tous ces problèmes.

 

Paul finit par rentrer lui aussi. Elle décida alors de ne pas attendre et de lui parler tout de suite :

 

« - Qu’est-ce qui te rend si malheureux, dis- moi ? »

« - Hein, qu’est-ce qu’elle raconte la gamine ? », répondit-il. On sentait qu’elle l’avait troublé.

« - Réponds. Qu’est- ce qui te rend si malheureux ? », insista Juliette, déterminée.

« - Tu es folle. », dit-il.

« -Et toi, tu es un mauvais menteur. »

« - …. »

Il ne savait plus quoi répondre.

« - Tu vois, je t’ai piqué là où ça fait mal ! Je ne suis pas idiote. Je sais que tu as un problème, que tu en souffres et que tu te caches derrière tes airs de petit fils à papa, mal luné. », ajouta-t-elle.

« - Je n’ai  pas envie de parler de ça avec toi,  tu n’es pas mon amie, tu n’es rien pour moi. Et encore moins ma sœur, alors ne fais pas ta gentille, steuplé. Je t’aime pas. C’est tout. »

 

Il se dirigea vers la cuisine : « -Maintenant, fous moi la paix, j’ai faim. »

« - Moi aussi, ça tombe bien ! », dit-elle amusée.

 

L’atmosphère semblait se détendre un peu. Ils mangèrent en silence et Juliette continua :

« -C’est donc ça ton problème. Tu ne veux pas de moi dans ta famille. Tu as peur que je te pique ton petit papa chéri. Mais ne t’en fais pas pour ça ! Je suis pas ta sœur, je serais jamais ta sœur, et je me fiches pas mal de ton père. »

 

Il ne dit rien. Elle poursuivit :

« - Il est avec ma mère. C’est tout. On y peut rien. Tu crois pas qu’on pourrait essayer de s’entendre ? »

« -Peut- être », dit-il. Mais, il n’était pas convaincu.

 

Juliette brisa une nouvelle fois le silence :

« -C’est Mélissa qui t’a dit que j’avais un faible pour toi ? »

« -Non, je l’ai vu. C’est tout. »

« -Pourquoi tu m’as piqué mon seul ami ? », dit-elle, sur un ton hésitant.

Il ne comprit pas.

« -Arthur ? », demanda t-il.

« -Oui »

« - Je te l’ai pas piqué. Il traînait avec mon pote Roger. On a sympathisé. T’es vraiment parano comme meuf toi ! »

 

Juliette décida de ne pas chercher à en savoir plus et se tue. Elle s’estimait heureuse d’avoir déjà réussi à communiquer un peu avec Paul. Sans se crier dessus. C’était une nouveauté. Elle, qui d’habitude n’arrivait pas à communiquer. Cela paraissait presque grotesque qu’elle y parvienne avec son supposé ennemi juré.

 

Cette fois, c’est Paul qui brisa le silence :

« - T’es parano. Mais, tu as raison. Je suis malheureux. »

 

Il ne lui adressa plus la parole. Plus un mot jusqu’au retour  de Sybille et Antoine.

« -Salut les enfants. On vous a pas trop manqué on dirait ! Quel bordel ! », ronchonna la mère de Juliette. Elle n’était pas gonflée ! Rien n’avait bougé depuis son départ !

« - Salut. », répondit Paul.

« - Salut », suivit Juliette.

 

« - Perroquet ».

 

Juliette se retourna. C’était Arthur qui venait d’entrer dans le salon. Elle regarda Paul. Il lui fit un clin d’œil. Elle sourit.

 

 

 

 

 

Ecrit par Moamoonoupsarghh Le 9 juin 2011.

 

Moamoonoupsarghh

 

http://moa.moon.oups.arghh.over-blog.com

 

 

 La nouvelle a été publié par son auteur à l'adresse suivante (plusieurs articles à la suite de celui-ci)

http://moa.moon.oups.arghh.over-blog.com/article-reconciliation-premiere-partie-76134960.html

 

 

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Published by azacamopol - dans 2011
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commentaires

moamoonoupsarghh 15/06/2011 23:42


Je suis ravie que cela vous ait plu! si vous avez pris du plaisir à le lire comme j'ai pris du plaisir à l'écrire, alors on peut dire "mission accomplie"! c'est vrai que le récit est long mais
j'étais assez inspirée! je rajoute quand même pour le "fun" que j'ai fait une nuit blanche ce soir là =) Il fallait bien au moins ça!


m'annette 13/06/2011 13:01


moi non plus, je ne m'attendais pas à un récit aussi long!
félicitations pour cette intrigue bien menée.


jean-marie 13/06/2011 12:12


Bienvenue !
une très belle histoire
contée de façon réaliste et charmante à la fois
amicalement
jean-marie


Quichottine 13/06/2011 11:02


Merci pour cette première participation à nos jeux.

Elle sera sans nul doute très remarquée par tous. Nous sommes peu habitués à des textes si longs et ta publication sur ton blog en plusieurs articles est idéale.

Je suis heureuse que tu te sois bien amusée, c'était le but.

Bravo en tout cas.

J'ai beaucoup aimé et la chute est parfaite.


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