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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 06:35

 

Lettre ouverte et inachevée à Olivier Adam

 

Vous êtes un homme, je suis une femme, vous pourriez être mon fils, je pourrais être votre mère. Rien que cela fait de nous deux des êtres totalement dissemblables. Et pourtant, je lis votre récit avec l'insoutenable impression de l'avoir écrit moi-même, alors qu'existent ces profondes différences, pour ne pas dire antagonismes. Comment cela pourrait-il être?

 

Et votre récit me trouble, me perturbe, me déchire, me questionne, me révolte et me poursuit. Vous avez tant d'années d'écriture derrière vous, je n'en ai aucune, je n'ai jamais pu, jamais su, jamais osé, peut-être jamais voulu, au nom d'une conscience inavouée, d'un souhait à peine exprimé de protéger ceux que je ne manquerais pas d'égratigner. Alors qu'en fait, il n'y a dans ce refus d'écrire, que la trouille de ne pas y parvenir.

 

Et bon, votre récit m'apprend qu'après 20 ans d'écriture, vous n'allez pas mieux, pas mieux que vous-même, pas mieux que moi. Alors à quoi ça sert d'écrire?

 

Il me vient alors à l'esprit que ma seule envie d'écrire aurait été thérapeutique? Jamais cette idée ne m'a effleurée. Du plus loin que je me souvienne, cette envie va de paire avec le désir d'aligner des mots et de les mettre en bon ordre et en bonne place, pour qu'ils plaisent, pour qu'ils intéressent, pour que des lecteurs potentiels deviennent « accros » et s'arrachent mes livres. Je me voulais J.K. Rowling sinon rien ni personne, et cela bien avant qu'elle ne publie ses livres, j'avais cette idée d'écriture fantasmée d'un, puis plusieurs romans griffonnés au coin d'une table, je me voulais créatrice, matinale au point de me lever aux aurores pour écrire des lignes et des lignes, je me voulais romancière imaginative, je me voulais, je me voulais, et chaque fois que j'ai osé, il n'a pas fallu beaucoup de pages pour achopper soudainement sur une suite, la remettre à demain, puis à après-demain, et ne plus y revenir jamais. Parfois des évènements forts me poussaient vers le stylo ou le clavier pour entamer un récit, dont je savais pertinemment que je parlais de moi, et que je ne pourrais aller bien loin sans attaquer le paysage voisinant, et par là, porter atteinte à un entourage familial que je m'acharne à protéger....

 

M'annette

 

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Published by azacamopol - dans 2012
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commentaires

elise 31/10/2012 08:13

La lecture d'un roman: beaucoup de vécu à l'intérieur nous ressemble ;pourquoi ne l'a t-on pas écrit ? sans grande modestie tout de mème seuleument voilà le courage la motivation et peut-etre sans
doute la facilité d"ecriture nous à freiné...Elise.

Valentyne 20/10/2012 17:03

Très belle cette lettre ;-) et très vraie : on peut avoir le même ressenti qu'un homme en étant femme et se reconnaître dans les mots d'un beaucoup plus vieux (ou plus jeune) ;-)

Kimcat 19/10/2012 22:17

Pas mal du tout...
Je viens de lire "Passer l'hiver" du même auteur. J'avoue ne pas avoir trop aimer...
Béa kimcat

Pasfrévin 19/10/2012 12:24

Mais pourquoi vous me remuez comme ça à l'heure de l'apéro, ça ne me décomplexera jamais, ça ne m'aidera pas, dommage ? Moi aussi, je vais continuer à barrer, barrer, barrer.
Merci pour ce texte !

ABC 19/10/2012 10:19

même sans vouloir se dire, l'on se dit tout de même, l'écriture sort de nous et révèle un peu de nous, parfois beaucoup...
J'ai eu l'occasion de constater que quand on parle des autres, avec ce que l'on a perçu d'eux à un moment donné, ils ne se reconnaissent pas forcément, ou alors refusent le récit... nul n'est
prophète en son pays, encore moins en sa famille...

polly 19/10/2012 08:31

Ecrire de toute façon, y compris dans la fiction, c'est se raconter. On triche quand on écrit une histoire, on triche un peu, pas tant que ça... on triche aussi dans l'autobiographie, les souvenirs
sont presque toujours déformés.
Quand je dis qu'on triche, ce n'est pas volontairement, notre cerveau se débrouille toujours pour nous faire croire que...
M'Annette, ne crois pas qu'on évite de les écorcher sans écrire! On le fait aussi, mais c'est vrai que les paroles s'envolent (quoique je n'en sois pas si sûre).

Martine Eglantine 19/10/2012 06:03

Ce que tu as écris, j'aurais pu l'écrire aussi. J'ai progressé en écrivant dans mon autre blog "quai des rimes" mon jardin secret que mes enfants ne connaissent pas quelques passages un peu
débridés de ma biographie mais sans vraiment y parler trop de mes proches, je progresse encore en bloguant, je me dis que je le ferai quand je serai à la retraite mais sous forme d'un roman et je
parlerai à la 3ème personne. Bises

Azalaïs 18/10/2012 23:18

En ce moment je suis plongée dans son dernier roman "les lisières ". Il y a tant d'humanité dans ce livre! Il ne se passe pas grand chose pourtant mais il nous pénètre par tous les pores et c'est
là que l'on comprend combien nous sommes petits nous qui avons l'ambition d'écrire! Dire que ce soir à "la grande librairie" il y avait cet auteur de roman porno dont nous rebat les oreilles en ce
moment, c'est à désespérer et personne pour remettre les pendules à l'heure! Il y a trop d'argent en jeu sans doute!

C'est vrai qu'il faut du courage pour se raconter surtout quand on doit écorcher les siens!

Il y a quelques jours, un écrivain de 80 ans à qui j'ai osé envoyer quelques textes a eu la gentillesse de m'appeler! C'était surréaliste! Je travaillais dans mon jardin,, mon mari m'a passé le
téléphone et je l'ai entendu qui me parlait et qui me disait :"c'est pas si mal, c'est pas si mal! sur une échelle de 0 à 20, je vous mettrais 12. quel dommage que vous habitiez si loin, j'aurais
beaucoup aimé vous aider, je suis sûr que nous aurions fait quelque chose de bien" Puis il m'a dit que je devrais écrire un roman et comme je lui disais que je n'avais aucune idée de roman il m'a
dit "mais il faut que vous racontiez votre vie! Tous les écrivains ont commencé par là" je lui ai répondu que ce serait trop difficile pour moi, je n'aimerais pas du tout faire de mal à mes
proches. C'est vrai que c'est difficile m'a-t-il dit, en ce moment j'écris un livre qui ne sera publié qu'après ma mort, je suis trop vieux pour subir les critiques et le regard des autres.
En ce moment j'écris beaucoup de textes très personnels mais je sais que je ne les montrerai jamais, il me font déjà trop mal quand je les écris, je comprends tout à fait ce que tu dis et ton texte
me touche beaucoup

Quichottine 18/10/2012 21:25

J'ai vu l'écrivain, récemment, je ne sais plus dans quelle émission...

Je crois que je comprends cette envie de lui dire, de lui écrire ainsi, et je sais que même si ce n'est pas tout à fait ce que je demandais, ce texte répond à la consigne, d'une certaine façon.

Quoi de mieux que d'interpeler l'auteur du livre qu'on aurait aimé écrire ?

J'avais hésité... mais finalement je me dis qu'il faudra que j'aille à la rencontre de cet auteur.

Merci.

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