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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 09:25

Derrière le rideau

 


Un jour, je serai vieille. Je resterai des heures, assise à ma fenêtre, derrière un rideau blanc souligné de dentelle. Je verrai les oiseaux dans le ciel à la tombée du jour, les nuages changeants effilochés de rose, un chat sur les toits gris, levant son petit nez dans la douceur des soirs d’été.

Je ne parlerai plus. Je serai toute entière à ma tâche, absorbée de silence et les êtres que j’ai connus jadis ne me connaîtront plus. Ils seront là pourtant, figés dans un instantané bruissant et coloré, un éternel retour dans ce grand escalier où j’aimais tant jouer lorsque j’étais enfant.

Et moi, enfin, je pourrai être moi. Plus besoin de paraître. Je pourrai être moi dans l’oubli et l’abandon des autres. Oubliée ! Quel joli mot que celui là qui se déplie avec légèreté, qui sent bon le pardon et l’absence, la poussière et le renoncement.

Vous ne me verrez plus mais il ne faudra pas que vous soyez gênés. Ne vous empêtrez pas dans de fausses excuses. Je peux bien vous le dire, je crois bien que moi aussi je vous aurai oubliés ! Alors, il vous faudra passer votre chemin et me laisser en paix dans ce lent tête à tête, avec cet invisible qui palpite si fort, le glissement des heures sur des plages de brumes où je marcherai seule.

Je laisserai errer le flot de mes pensées sans vouloir les trier, les ranger, encore moins les ordonner. Je serai transparente et tout enfin pourra me traverser. Je ne retiendrai rien. Je laisserai passer la vague et le fleuve des mots et l’angoisse et la peur, les joies, les peines,  les remords déchirants…

Toute une vie pour parvenir au vide qui vous relie à tout, à la douce lucidité de mon effacement.

 


Azalaïs

 

http://marge-ou-greve.over-blog.com/

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Published by azacamopol - dans 2012
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commentaires

elise 06/10/2012 08:39

Ton texte est très beau Azalaïs.
Plein d'émotions, une profonde tristesse et aussi de la colère et tellement d'impuissance malheureusement. Ayant connu cela avec mon père,tu as bien décrit ce que nous, les proches nous ressentons
à travers cette maladie. Une question importante reste en suspens à savoir; que ressententt-elles (ils) exactement? Elise.

ABC 01/10/2012 09:51

Comme l'on ressent tout ce que tu vis actuellement... Ouvrir la porte de la paix et de la sérénité doit être si bon quand le soir approche avant que la lumière ne s'éteigne...
Je pense à toi Aza et à ta maman...

Jackie 30/09/2012 16:49

Heureuse de te retrouver et de te lire... Texte émouvant et harmonieux. Merci Belle soirée

Ptitsa* 29/09/2012 17:03

Et pour répondre à ton commentaire, je me demande si cette agitation dont tu parles ne masque pas tout simplement la peur de cet inconnu, de cette dimension autre qui nous échappent et où nos
"proches " s'absentent de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. S'"acharner" sur eux, c'est aussi une façon de les retenir de ce côté familier du monde et de conjurer leur future absence
(sous une autre forme)... de ne pas accepter ce qui vient, de ne pas lâcher prise. C'est en cela aussi que j'aime ton texte, et ce que tu en dis.

Ptitsa* 29/09/2012 16:56

Comme chaque fois que je te lis Azalaïs, ton texte fait mouche, je le trouve beau, mélodique, profond, serein, subtil, sonore... et personnellement, il ne me rend pas triste.

Etrangement, il porte le titre d'un texte que j'avais écrit sur une autre consigne de la Petite Fabrique (http://graines-d-esperance.over-blog.com/article-derriere-le-rideau-97131712.html) et m'en
rappelle un autre auquel tu avais réagi autrefois, justement en me parlant de ta maman... Je ne sais plus où il se trouve sur ce blog-ci, sur le mien il est là :
http://graines-d-esperance.over-blog.com/article-elle-demenage-41461247.html

Je vous envoie beaucoup de douceur, à toi et à ta maman.

Azalaïs 29/09/2012 10:51

Je comprends bien ce que vous me dites Babeth et Marie Eglantine mais depuis que je m'occupe de ma mère malade je m'interroge souvent sur le battage médiatique que l'on fait autour de ces maladies
dégénératives du cerveau, sur cette agitation des politiques, ces tables rondes, l'auto suffisance des soignants avec leur art thérapie et autres ateliers sensés stimuler les fonctions qui
s'éteignent peu à peu. j'ai vu beaucoup de ces vieillards avec leurs yeux éteints que l'on oblige à rester assis en rond, en groupe mais qui ne communiquent plus du tout avec leur entourage, pas
même par le regard.
Tout ça n'est ce pas finalement pour nous rassurer nous, les aidants, les soignants, les politiques, les chercheurs alors que nous ne savons rien et que nous sommes désespérément seuls devant cette
maladie qui nous entraîne nous aussi vers le fond.
Quand j'entends ma mère protester quand je veux la faire sortir dans le jardin pour profiter du soleil ou de la prairie fleurie que j'ai eu tant de mal à semer pour elle en pensant lui faire
plaisir,quand je lui demande si n'en n'a pas assez de rester immobile derrière son rideau à regarder les voitures passer, ou bien qu'elle me dit que les visites l'ennuient parce qu'elle ne sait pas
quoi dire aux gens qui pensent lui faire plaisir,quand je la vois lire et relire sans fin la même page d'un livre sans avancer dans les chapitres ou encore quand elle me dit que c'est trop long et
qu'elle voudrait que ça s'arrête.

Peut-être que ces malades voudraient bien de temps en temps qu'on les oublie un peu dans leur replis, leurs pensées, leur déambulations secrètes, qu'ils ont besoin de cet oubli pour se retrouver un
peu, pour se prépare au grand passage en toute intimité.

Babeth 28/09/2012 19:28

bonjour Azalaïs. Quel bonheur de te lire à nouveau. Finir seule... Je crois que c'est ce qui m'effraie le plus depuis que Bernard est parti... Mais bon, je n'en aime pas moins ton texte. Bisous.

Kimcat 28/09/2012 16:09

Coucou Aza
Quel beau texte touchant et bouleversant... Un jour, peut-être nous serons vieilles, on oubliera et on nous aura oubliées et plus rien n'aura d'importance.
Bises
Béa kimcat

Martine du JdV 25/09/2012 20:19

... et comme la mort t'aura elle aussi oubliée, une main, un rire d'enfant viendront te toucher !
ouf trop d'émotion ! il y a forcément un peu de moi comme de chacun dans cette femme ..
merci Azalaïs, contente d'avoir l'occasion de te lire et belle soirée

Quichottine 25/09/2012 19:36

C'est une magnifique page, même si elle me laisse mélancolique...

Ne t'efface pas, Azalaïs. Il y a encore tant de mots à partager avec nous !

Je t'embrasse. Passe une douce soirée.

Martine Eglantine 25/09/2012 14:34

Un très beau texte mais j'espère ne pas connaître cet isolement là que je ne supporterai pas.

Pasfrévin 25/09/2012 12:26

J'aime ces textes courts, c'est du concentré d'émotions et de sensations, ça nous remue et c'est tout bon !

polly 25/09/2012 10:29

Je suis toujours tellement émerveillée par ton écriture, et dans cet émerveillement je regarde cette vieille femme, cet oubli, ce repli, il en advient comme une lourde tristesse.

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