Bonne journée.


La consigne a retrouvé sa place dans les pages, module de droite.
Jeudi 15 mai 2008

La première fois :

Je ne vous connaissais pas
Et vous aimais déjà
Petites-filles, petit gars
La toute première fois
Que je vous ai pris dans les bras
Jamais ne s'effacera
Ce moment magique
Où s'opère un déclic
Créant le premier maillon
De nos relations
Tendresse et affection
Chargés d'émotion
Blottis contre mon cou
Instant si doux
Une grande joie
Naissant en soi
Soudain l'importance
De sa descendance
Germe dans le cœur
Le comblant de bonheur
Commence le chemin
De près ou de loin
Qui tissera nos liens
Notre route vers demain
Je vous connais un peu
Ne vous aime que mieux
Petites-filles, petit gars
Moi, la maman de vos papas


ABC


par azacamopol publié dans : jeu du 14 au 27 mai communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 14 mai 2008

 

Sa première cigarette.

 

13 ans. Aujourd'hui, Mélo a 13 ans. Ni plus, ni moins. C'est chouette, ça tombe un mercredi, cette année. Même si ce jour n'aura rien d'exceptionnel, Mélo est ravie. Elle a réussi à monter un bobard à sa mère et rejoint ses amis.


Ce matin, son frère a ouvert les volets de la chambre très tôt puis l'a réveillée doucement.


« Habille-toi, Mélo, vite, faut que je te montre un truc. »


Elle a attrapé ses vêtements glissés la veille au soir sous l'édredon pour qu'ils restent bien chauds et sous les gros draps de coton un peu rêches, elle s'est habillée à la va-vite. Quitter la douceur du lit est toujours un arrachement, tant il fait froid au premier étage de la maison.


Elle rejoint son frère près de la fenêtre.


« Souffle sur la vitre, là, souffle doucement. »


Sans réfléchir, elle a obéit à son grand frère. Au fur et à mesure que son haleine touche la vitre de la pièce sans chauffage, elle peut lire, écrit au doigt :


« Bon anniversaire Mélo ! »


Mélo sourit. Ah oui, c'est son anniversaire. C'est chouette, ça tombe un mercredi cette année.


Traversant un peu n'importe comment le grand boulevard, ignorant les klaxons rageurs, Mélo se dit que c'est un drôle de cadeau. Un vrai, un qui vient du cœur, un qui ne reste pas pourtant mais un qu'elle ne voudrait pas oublier.


La bande est réunie comme d'habitude dans le sous-bois du jardin public. Ils y sont tous. Selim, Lorette, Arnaud, Marie, Franck, Lucas et les autres.


Aujourd'hui, Mélo a 13 ans. Elle a décidé de s'offrir un cadeau. Le paquet de clopes de Selim tourne. Mélo l'intercepte et en prend une.


« Ah non... pas toi !

- Ah bon ? Et pourquoi ça ?

- T'es trop jeune et pis c'est tout. Nous, c'est pas pareil, on a au moins 15 ans. Fais pas ça. En plus, ton frère, il va nous tuer.

- Trop jeune ? Et puis mon frère, il n'a pas besoin de tout savoir... »


Mélo éclate de rire. Trop jeune ? Quelle humour, elle qui souvent à le sentiment de vivre sa vie à rebours, de commencer par l'âge adulte, elle qui est la garde-malade de sa mère, le souffre-douleur de son père et la bonniche de la famille.


Mélo décide peu de sa vie alors oui, aujourd'hui, elle a 13 ans.


Elle tend sa main en silence vers Sélim. Le briquet.


« Putain, mais si tu t'fais choper tu vas dérouiller. Tu peux pas faire ça. »


Un pli amer au coin de la bouche, la colère et la rage au bord des yeux et du cœur, elle tend sa main.


« Si, je peux « au moins » faire ça. Passe le briquet. »


Selim obéit. Selim se jetterait au feu pour Mélo.


D'abord, Mélo hume la cigarette, le parfum du tabac frais. Les yeux fermés, elle se concentre. Mémoriser, dessiner la scène dans sa petite tête, recueillir cet instant de paix et de silence. Mélo aime braver l'interdit. Elle sait qu'elle ne risque pas grand-chose : à la maison, c'est la grande tabagie. Lui des brunes sans filtre et la pipe, Elle des mentholées dès qu'elle tient debout. Nul ne fera attention à son odeur. Pas de risque.


Alors elle sourit, allume sa cigarette, ses yeux plantés dans ceux de Sélim. Elle se concentre pour éviter de tousser. Ça, ce serait la honte.


La première taffe est étrange. C'est fort, âcre. Ça descend et ça monte à la tête. C'est bon. C'est le goût de l'interdit, du secret et des amis.

Elle ne cille pas, ne tousse pas. Aucune larme à ses cils. Elle fume. Sélim lui accorde un hochement de tête respectueux. Puis la bande à nouveau papote, papouille, rigole et taquine. Ils sont ses amis. Sa famille.


13 ans. Aujourd'hui, Mélo a 13 ans, ni plus ni moins. Aujourd'hui, Mélo a reçu deux beaux cadeaux qui n'auront de trace que dans son souvenir. Un souhait d'anniversaire éphémère qui apparaît dans la buée et la fumée de sa première cigarette.


Le temps de cette cigarette, Mélo sourit et reste immobile, totalement immobile, pour ne pas briser le temps.


 

 

 Ma Cocotte


http://coquecigrues-billevesees.over-blog.com

 

 

par azacamopol publié dans : jeu du 14 au 27 mai communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 14 mai 2008

 

Essai en tabagie mineure

 

 

Lendemain de Pâques... Etant enfants de chœur,

Suivant la tradition nous faisions l'omelette.

Nous allions quémander pour cette belle fête

Des œufs que les paysans nous donnaient de bon cœur.



Les parents d'un ami nous  prêtaient une grange

Et nous aidaient souvent à tout bien préparer.

Ils avaient confiance en ces chers petits anges.

La salle était par eux fort gentiment parée.



Nous avions quelques sous donnés par le curé,

Quelques autres soustraits au plateau de la quête

Et  nous avions prévu l'achat de cigarettes.

De le dire bien sûr nous nous étions gardés.



Le repas avalé nous prîmes quelques bières,

Interdites aussi, nous n'avions que dix ans !

Cette pâle boisson nous tous ne l'aimions guère

Mais il fallait agir comme agissaient les grands !



Et puis vint le moment. Au feu des allumettes

Présentant le rouleau objet de mon désir

J'aspirai goulûment espérant le plaisir

Je toussai, m'étouffai... il n'y avait plus de fête !



Autour de moi régnait la grande confusion.

Tout le monde crachait et faisait triste mine

Sauf deux ou trois plus vieux jouant les fanfarons,

Se gaussant de nous voir ainsi dans la débine



Quelques essais suivants furent plus convaincants

Mais de plaisir vraiment il n'y eut pas miette.

Nous rentrâmes chez nous malades, repentants.

Et je n'avais gagné qu'un violent mal de tête


Il fallut aux parents fournir explications

Et jurer qu'on ne referait plus ce genre de bêtise

Nous reçumes bien sûr diverses punitions.

Mais vint hélas l'oubli de la chose promise...


 

 

jean-marie


Http://www.passage1.com

 

 

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Mardi 13 mai 2008


 Parler d'une première fois


Sa première cigarette
Son premier jour d'école
Son premier baiser
Son premier petit frère ou soeur
Son premier spectacle
Son premier grand livre
Ses premières vacances
La première rencontre
Son premier chagrin d'amour
Le premier secret
Le premier mensonge

...

 

à vos plumes.

et surtout amusez-vous.

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Lundi 12 mai 2008


Jeu de mains

 

Main, alexandrin, parchemin, écrivain

Main, faim, pain, festin

Main, inhumain, Caïn, assassin

Main, mondain, badin, libertin

Main, sacristain, bénédictin, puritain

Main, quatrain, refrain, lutrin

Main, béguin, câlin, patin

Main, dédain, chagrin, déclin

Main, devin, dessein, destin

Main, pèlerin, séraphin, divin

Main, jardin, raisin, romarin

Main, malandrin, robin, Lupin

Main, tambourin, clavecin, musicien...

 

Enriqueta.

 

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Lundi 12 mai 2008

Le tisserand

Visages crispés, corps tendus, ils attendaient. Les uns faisaient les cent pas dans le couloir trop froid, d'autres se serraient fébrilement les uns contre les autres. Mains moites, tremblantes ou serrées, toutes adressaient à leur dieu leurs muettes prières.

Sous la lumière éclatante penchées sur le corps inerte, les mains s'empressaient. Offrant toute leur dextérité à découper, écarter, dans la chair blessée. Le chirurgien se redressa.

- Il n'ya plus qu'à espérer...

Loin, très loin, les Mains prirent le relai. Patiemment les doigts gourds usés par le temps, il renouait les fils de la trame du destin. De prier il n'avait l'usage ni le temps. Il est l'Artisan.

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Lundi 12 mai 2008

            La mémoire des mains

      

        Les mains sont les premières à ressentir l'absence, l'envol de cet oiseau qui les prenaient pour nid ! Alors, pour oublier ce grand vide impossible à combler, cette attente en creux, elles s'agitent en tous sens, cherchent une autre matière, s'inventant chaque jour des travaux inutiles auxquels on fait semblant d'accorder une importance extrême.

          

        On fuit et on se perd, juste pour relier l'espace, capturer le fugace, renouer un à un tous les fils, pour remonter le temps, pour retrouver la source... Mais le vent a passé ! On a cru avancer mais on n'est nulle part, toujours entre deux rives, dans le brouillard des mots, dans l'enchevêtrement dérisoire des rêves, au beau milieu d'un conte ironique et cruel !

          

        Pourtant, c'était hier ! Je sens encore dans mes paumes flétries la confiante fraîcheur de ces petites mains qui venaient s'y loger, paisibles comme des îles. Elles en gardent l'empreinte dans le moindre repli, le souvenir précis du contact espéré, des doigts qui se referment, des pouces qui se croisent ...


        L'esprit peut s'égarer dans la trame des jours, sans fin on s'interroge sur ce pouvoir insensé qui sait dès le début vous harponner le cœur en agrippant un doigt !


Azalaïs

 

http://marge-ou-greve.over-blog.com/

        

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Samedi 10 mai 2008

 

Tisserand

(à mon grand-père)

 

 

Toi le bon et le mauvais

Je ferai une légende

Aussi de toi.

Je t'oublierai

Pour mieux te redire.

Ne meurs pas Tisserand,

Les croyances déjà te portent.

Ils t'ont fait grand,

Les tisseurs,

Ils t'ont fait roi.

Ils ont tissé les mots

Pour te draper d'une si belle vie.

Tes mains ont fait leurs bouches

Mon Généreux,

Et tu t'agites encore

Dans la trame de leurs phrases.

Moi je serre le fil

Très fort, que tu as noué

Dans ma mémoire.

 

Moon

 

http://pleine-lune.over-blog.fr

 

 

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Samedi 10 mai 2008

 

Main, humain, humour

L'humain aime à se rengorger
De toute sa hauteur
En se lançant des fleurs!

Spécifique à l'humanité
-Dit-il avec erreur-
Et faisant sa grandeur
 
Sa main l'a aidé à penser
A permis ses lueurs
Et ses actes majeurs!

Cet organe est très achevé: 
Utile aux travailleurs,
Artistes, bricoleurs,
 
A tous les tapeurs de claviers
Et aux bourreaux des cœurs
Mais pas aux footballeurs...

Chacun a entendu parler
De la main de ma sœur
Et son côté fouineur!

Voici l'originalité
Ce qui fait sa valeur:
Le pouce préhenseur...

Le singe en est aussi doté
Aux membres inférieurs:
Alors donc supérieur?

Les bonobos en société
Pieds et mains sans pudeur
Seraient-ils les meilleurs?


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Jeudi 8 mai 2008

 

LE TRIBUNAL



- Tiens, Fourmi, je te la fais en La mineur...

« La cigale, ayant chanté tout l'été

Se trouva fort dépourvue... »


- STOP ! ! ! - Ecoute-moi bien. Je ne vais pas te caresser dans le sens des ailes ! Je ne supporterais pas une minute de plus tes jérémiades ! T'as compris ! !


- Ben dis donc, tu n'y vas pas de main morte. Inutile de t'exprimer avec la brutalité verbale qui te caractérise, Fourmi. Je n'ai quand même pas fait une attaque à main armée, faut pas exagérer ! Je ne suis pas un gangster. Je suis juste un troubadour, un poète, une cigale... quoi. Inutile d'ameuter tout le monde, voyons. Je voulais juste relater les faits à ma manière, en chanson. C'est tellement plus drôle. J'ai bien le droit d'être un peu léger. Tu es si coincée. Détends un peu tes lèvres pincées. Adoucit ton regard furibond. Ouvre tes poings. Reste cool...



- Calmez-vous tous les deux. Nous allons prendre les choses en main. Si vous n'arrivez pas à vous entendre, nous devrons passer la main et transmettre le dossier au Tribunal Supérieur de la Savane, présidé par l'Honorable Lion. Pour le moment, moi, le Juge Loup, je vous demande d'exposer calmement les faits.



- A vous la parole, Mam'zelle Fourmi.


- Je sais que je ne suis pas prêteuse, c'est là mon moindre défaut... mais j'en ai marre ! ! ! Je suis lasse d'entendre Cigale sous mes fenêtres. Il n'a de cesse de tendre la main. N'y-a-t'il pas quelqu'un d'autre ? Ne pourrait-il pas demander l'aumône ailleurs ? ! A ce niveau-là, c'est du harcèlement pur et dur ! ! ! Je sens que j'ai la main leste... Je lui mettrais bien ma paluche dans la figure ! Il m'exaspère au plus haut point ! !



- Calmez-vous, Mam'zelle Fourmi. Qu'avez-vous a répondre, Monsieur Cigale ?


- Eh bien... Fourmi a toujours eu la main heureuse. Elle réussit tout ce qu'elle entreprend. Elle a la main verte. Alors, je me suis dit qu'il serait plus facile pour elle de me prêter main forte. Je vous assure... d'habitude, elle a le coeur sur la main ! Elle m'a d'ailleurs généreusement prêté quelques grains l'année dernière. Ce n'est pas dur pour elle de le faire... Elle a tout sous la main, dans son magasin.Je trouve injuste qu'elle ait agi sous main, en convoquant secrètement le Tribunal de la Forêt. C'est désolant...



- Non, non, non ! Je ne peux pas le laisser dire des choses pareilles ! Tu as oublié le travail que ça demande d'avoir une telle réserve de nourriture. J'ai travaillé comme une dingue ! Sans machines, à mains nues ! C'est du boulot ! Je n'ai pas passé mon temps à chanter, MOI ! ! Pendant que tu papillonnais de cigales en fourmis, à flirter à droite et à gauche avec tes mains baladeuses, moi je travaillais ! Jeux de mains, jeux de vilains ! !



- Fourmi, vous êtes dans un Tribunal. Vous ne devez parler que lorsque je vous donne la parole ! Cet avertissement est valable pour vous deux : si vous perturbez cette audience, les gardes vous prendrons à pleines mains et vous jetteront dehors ! C'est clair ! Dominez-vous bon sang !



- Oui, Juge Loup (répondit la fourmi).


- Ok, ok...(dit la cigale).


- La parole est au Procureur. Nous vous écoutons Maître Paon.


- Ce n'est pas sans raison que Mam'zelle Fourmi se plaint. Comprenons-le bien. Elle ne refuse pas de tendre la main aux nécessiteux. Oui, elle est prête à se décarcasser pour aider quelqu'un. Encore faut-il que ce quelqu'un le mérite, et se montre reconnaissant ! Elle ne supporte pas les « sans-gêne » comme elle les appelle.


 Prenons l'exemple de Monsieur Cigale. Il est vrai que dans le passé, Mam'zelle Fourmi lui a prêté quelques grains. A-t'il travaillé des deux mains pour rendre avec promptitude et empressement son dû à sa prêteuse ? NON ! Il lui avait pourtant dit...


Je cite :
« Je vous paierai...
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal. »

Eh bien, l'août est passé ! ... et Monsieur Cigale n'a toujours pas mis la main à la pâte, pour payer. Fourmi attend toujours. Pas un paiement, pas une échéance honorée.


C'est la raison pour laquelle Mam'zelle Fourmi a déposé une main-courante auprès de Renard, le gendarme. Une plainte pour harcèlement moral et musical a été également enregistrée par l'officier Lézard. Je joins comme pièces à convictions les documents dactylographiés des pattes même des gendarmes.


Par conséquent, je demande instamment que Monsieur Cigale soit condamné à donner un coup de main à Mam'zelle Fourmi. Il devra l'aider à faire l'inventaire du magasin. Rappelons-nous que dans un passé très lointain, Monsieur Cigale et Mam'zelle Fourmi étaient unis comme les cinq doigts de la main. Ils étaient associés. Je ne pense pas que Monsieur Cigale ait perdu la main, lui qui savait si habilement compter et ordonner les stocks de grains, de mouches et de vermisseaux.


Je demande également que Monsieur Cigale soit placé sous curatelle, en de bonnes mains. Il a besoin de quelqu'un capable de gérer le fruit de son labeur, aussi dérisoire soit-il.


Junon a dit un jour :
« Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités. »

Monsieur Cigale est peut-être un bon chanteur et un bon poète, mais un bien piètre débiteur.

N'oublions pas ce que dit la loi de la nature « Que celui qui ne travaille pas, ne mange pas ».


- Merci, Maître Paon. Nous laissons maintenant la parole à la défense. Maître Corbeau, nous vous écoutons.


- Comme dit le proverbe : « Qui ne tente rien, n'a rien ». C'est ce qu'a fait mon client, Monsieur Cigale. Il a demandé, pleuré, chanté, quémandé... Sans succès.


Alors que son estomac criait famine, il a fait des pieds et des mains... pour obtenir quelques victuailles. Il ne lui faut pas grand chose. Il n'est pas difficile. Il est capable d'ingurgiter les choses les plus infectes. Après tout, sa mère lui disait souvent : « Mon fils, ce qui ne tue pas... fait grossir ! ».


Mais, Mam'zelle Fourmi est restée insensible et inflexible. Monsieur Cigale a continué, jour après jour, à demander l'aumône auprès de Mam'zelle Fourmi, en espérant qu'elle changerait d'attitude.


S'il s'était vautré dans l'illégalité, Monsieur Cigale aurait pu avoir la mainmise sur quelques grains. Mais il ne l'a pas fait.


Rappelez-vous, il était jadis l'associé de Mam'zelle Fourmi, et il a conservé la clé du magasin. Loin de lui, l'idée de voler ou de lever la main sur Mam'zelle Fourmi !


Le vrai problème de Mam'zelle Fourmi, c'est sa jalousie. Oui, j'ai bien dit : Jalousie. Elle n'a pas supporté que Monsieur Cigale aille au bout de ses rêves. Il a tout sacrifié à ses passions, la chanson et la poésie. Il s'est d'abord fait la main sur une petite guitare que lui avait offerte sa grand-mère. « Peuchère... Mais tu as besoin d?un instrument pour t'accompagner. Tu chantes si bien. » lui avait-elle dit... Puis, plus tard, il s'est acheté une guitare électrique, une première main. Et une vraie merveille.
Et là, ... il s'est mis à rêver.

Voilà le principal défaut de Monsieur Cigale. C'est un très grand rêveur. Certains diront qu'il est fainéant. Mais non, ce n'est pas le cas. Il en faut du courage pour aller par monts et par vaux, nuit et jour à tout venant, chanter à tout bout de champs. Monsieur Cigale a l'intime conviction d'avoir mis la main sur quelque chose de précieux, de vital pour lui : la musique, le public. Ah ! ce public qui l'acclame... Bon d'accord, tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. Mais il a caressé de si près son rêve. Il a touché du bout des doigts l'euphorie de l'artiste. Monsieur Cigale est fait pour mener une vie d'artiste, de saltimbanque. Une vie d'insouciance.

A cause de la musique, Monsieur Cigale est parti loin de son amie Mam'zelle Fourmi. Notez que lui la considère toujours comme son amie. Au fil du temps, un mur d'incompréhension s'est dressé entre eux... ce qui peut expliquer l'animosité de Mam'zelle Fourmi. Monsieur Cigale m'a confié avant cette audience, qu'il est convaincu que Mam'zelle Fourmi s'attendait à ce qu'il lui demande sa main. Il est persuadé qu'elle était amoureuse de lui. Ce qui expliquerait également l'agressivité de celle-ci à son égard. Il l'a dit lui même, c'est un troubadour, un poète. Les engagements à longs termes, ce n'est résolument pas fait pour lui.

Il n'a pas fait les choses qu'on lui reproche avec de mauvaises intentions. Ce n'est pas un mauvais bougre. Il est juste un peu exubérant, idéaliste, utopiste. Il veut juste apporter à son prochain un peu de fantaisie, d'humour, de joie, et de gaieté. Il se joue de la vie. Ce n'est pas un crime. Avouez que dans ce monde de brutes et de prédateurs, nous en avons besoin. Ne l'oubliez pas au moment de décider de son sort.

C'est pour cette raison que je demande la plus grande clémence pour mon client.


- Merci pour votre plaidoirie, Maître Corbeau. Les jurés vont maintenant délibérer. Derrière la porte, à ma main droite, ils procéderont à un vote à main levée afin de décider de la sentence.


Trois heures après, le Juge Loup pousse la lourde porte située au fond de la salle à gauche, s'asseoit lentement et reprend la parole...


- Après moult échanges houleux et passionnés, le jury composé de Madame La Belette, Mademoiselle Agneau, Mister Rat, Grenouille, Dame Bique et Héron Patapon, ont décidés à l'unanimité, haut la main, tous ensemble, d'un commun accord, de condamner Monsieur Cigale aux peines suivantes :


1. Une peine de travaux d'utilité privée. Monsieur Cigale devra se mettre à la disposition de Mam'zelle Fourmi en tant que main-d'oeuvre à bas prix.

2. Une petite partie de son minuscule salaire sera prélevée chaque mois. Une main levée ne sera possible qu'après paiement de l'intégralité de sa dette.

3. Monsieur Cigale devra cesser toute forme de harcèlement auprès de Mam'zelle Fourmi. Pas une requête, pas une chanson, pas un poème. Il ne devra pas striduler à tout va. Le silence, rien que le silence.

4. Il devra présenter de plates excuses publiques à Mam'zelle Fourmi. Il veillera à ne pas exaspérer la plaignante. Et surtout, surtout... pas de chanson, ni de poème déluré. De la sobriété, et du respect avant tout.

5. Il devra également s'acquitter de ses tâches laborieuses avec empressement, joie, et enthousiasme. Son travail devra être sérieux, consciencieux.

6. La durée de son contrat « d'asservissement » ne devra pas excéder la période de deux canicules.

7. Les modalités de son contrat seront régies par la Convention Collective des Hyménoptères. Ledit contrat devra être signé, par les deux parties, en présence de Maître Tortue, Notaire de son état.

8. Un huissier, en la personne de Monsieur Hyène, contrôlera le bon déroulement de la mission de Monsieur Cigale.

- Merci, Messieurs les Jurés. La sentence est effective dès la fin de cette audience. Affaire suivante.

***


A l'extérieur du Tribunal, l'annonce du verdict suscite quelques réactions.

En voici quelques extraits choisis :

« Moi, je l'aurais acquitté. Je pense que Monsieur Cigale se pourvoira en appel. » Jean-François, du journal JFM.

« Ils n'ont pas pris de gants avec Monsieur Cigale. Mais ça se comprend... il a essayé d'embobiner Mam'zelle Fourmi. Monsieur Cigale aurait bien « ouvert toutes les armoires »* de Mam'zelle Fourmi s'il avait pu ! » Didier, de Radio Ici et Main Tenant.
*Allusion à la citation de Sacha Guitry : « Ces mains qui fermeront mes yeux et ouvriront toutes mes armoires ».

« Je me suis retrouvée dans un monde chantant, dansant, rappelant le célèbre clip « Love is all » (Butterfly Ball). Hallucinant ! » Veronik, du magazine Musique & Mains virtuoses.

« Un jury un peu sévère pour Monsieur Cigale, mais de nos jours... il n'y a que le rendement qui compte. Alors la poésie !.. » Chrystelyne, auteur du livre à succès Drôle de zèbre.

« Monsieur de la Fontaine doit pester dans les cieux ! » Bernadette, du quotidien Sous-main.

« Un procès bien mené. Je plains quand même le pauvre Monsieur Cigale. Les jurés n'ont aucun goût pour la musique, et c'est bien dommâge ! » Valérie, de la revue Langage des mains.

« J'ai tout a fait aimé... on a pu revisiter certaines fables... » Rita dite La tête dans les nuages, du magazine Pieds et Mains liés.

« Le plaisir de vivre, c'est bien... mais il y a des obligations dont on ne peut déroger. Faut bosser dans la vie ! ! On a rien sans rien. Que d'étincelles lors de ce procès entre Monsieur Cigale et Mam'zelle Fourmi ! » Charly, du quotidien Les Mains moites.



Izzabel R.

par azacamopol publié dans : jeu du 30 avril au 13 mai. communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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A la bonne heure ...

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